JULES ROBUCHON ÉDITEUR DE CARTES POSTALES
Nous poursuivons ainsi aujourd’hui notre présentation des différents éditeurs de cartes postales, qui dans les premières années du XXème siècle en Vendée, ont eu une activité couvrant l’ensemble du département. Après Lucien Amiaud de la Roche-sur-Yon (puis des Sables (Cf. article sur le présent Blog N°5-25), Paul Dugleux de La Roche-sur-Yon (Cf. article N°5-28), Eugène Poupin de Mortagne-sur-Sèvre (Cf. article N°5-35) et Armand Robin de Fontenay-le-Comte (Cf. article N°5-36), nous allons évoquer aujourd’hui Jules Robuchon de Fontenay-le-Comte (puis de Poitiers). Ce dernier a surtout été immortalisé par ses clichés du très célèbre Album « Paysages et Monuments du Poitou ».
Extrait
du registre d’État Civil de 1840.
(Archives Départementales de la Vendée).
Jules-César ROBUCHON est né le 30 octobre 1840 à Fontenay-le-comte en Vendée, rue des Halles. Il est le fils de Pierre ROBUCHON et de Julie LUCAS. Il a la chance d’être issu d’un milieu assez cultivé, puisque son père, venu de Paris, est ouvrier imprimeur à Fontenay. Ce dernier va d’ailleurs s’installer à son compte, en juillet 1841, comme libraire et imprimeur dans cette même ville. Il y a créé le premier journal hebdomadaire vendéen « l’Indicateur » et est politiquement considéré comme républicain modéré.
Après une scolarité primaire, Jules Robuchon poursuit ses études au Collège de Fontenay-le-Comte. Il commence ensuite un apprentissage d’imprimeur dans l’atelier paternel. Toutefois, à l’âge de 16 ans, en 1856, il part à Paris pour faire des études de lithographie.
Sur le plan personnel, il se mariera, en 1871, à l’âge de 31 ans, avec Louise Sophie CHENEAU. Il aura avec elle trois enfants : Gabriel (plus connu sous le pseudonyme de Mérovak), Marie morte en bas âge et Gabriel, explorateur en Amérique du Sud (disparu au Pérou en 1906). Veuf en 1875, il se remariera dès l’année suivante avec sa belle-sœur Léopoldine CHENEAU. Il aura alors deux filles Sophie et Eugénie.
Photo
représentant Jules Robuchon vers 1880 (à l’âge de 40 ans environ).
En 1861, alors qu’il est âgé de 21 ans et majeur, il abandonne la lithographie pour étudier les toutes nouvelles techniques de la photographie et se consacrer à cette pratique récente. A cette époque, le métier a beaucoup recours à la chimie. Les pionniers dans ce domaine, sont passés de l’usage du collodion à l’utilisation du gélatino bromure d’argent
Devenu un professionnel spécialiste de la photo, il présente ses premiers clichés en 1863 au Palais de l’Industrie à Paris. Il reçoit la même année la médaille de bronze de la Société d’Archéologie Française. Distingué également à Périgueux en 1864 et à Niort en 1865, il sera par la suite médaille d’argent à l’Exposition Universelle de Paris en 1889.
La photo ci-dessus, prise par son collègue Émile Rat vers 1880, le représente en tenue pour une campagne de reportage. Il s’appuie sur le trépied de son appareil photographique et porte ce dernier dans un sac à dos. Il est ici coiffé d’une casquette, mais on connaît aussi une photo de lui en tenue d’été avec un casque colonial.
Le
verso publicitaire d’une de ses photos.
Sous le Second Empire, il s’installe comme photographe à Fontenay-le-Comte et ouvre ensuite une succursale à La Roche-sur-Yon. Il voit ainsi défiler devant son objectif beaucoup de personnages locaux et de femmes en particulier, en costume local ou à la mode de l’époque. Le mobilier de son studio de Fontenay est visible sur les clichés : une rampe en balustres, une chaise Henri II, une chaise alsacienne, une table Louis XIII, un fauteuil Napoléon III etc…Ces meubles sont évidemment utiles parce qu’il vaut mieux que le client puisse s’appuyer afin de ne pas bouger pendant des temps de pose assez longs.
Presque trente ans plus tard ; il va se resservir de ces précieux clichés pour réaliser des cartes postales. Celles-ci sont d’autant plus intéressantes qu’elles sont autant de témoignages historiques sur la vie sous le Second Empire ou sur les différents types de coiffes locales du XIXème siècle.
La carte postale ci-dessous représente une bourgeoise sablaise élégante en crinoline, tout comme il a photographié une ouvrière endimanchée ou des femmes de pêcheurs. Ce cliché est daté de 1870, mais la carte porte le numéro 187 et a été éditée en 1899.

Une bourgeoise Sablaise en 1870.
De la même manière, on peut aussi retrouver dans le département les costumes de Fontenay-le-Comte (N°158, 159, 160 & 169), Luçon (161, 170 & 171), Damvix (162), L’Ile d’Elle (163), Antigny (165), Les Herbiers (165 Bis), Mortagne-sur-Sèvre (166 Bis), La Caillère (168), La Roche-sur-Yon (172), Challans (173 & 174), Aizenay (174 Bis), Noirmoutier (175), La Mothe-Achard (176), L’Ile d’Olonne (177), Les Sables d’Olonne (179, 180, 181, 182, 183, 184 & 187), St Hilaire des Loges (186), La Châtaigneraie (188) ainsi que le costume d’un paysan du bocage vendéen (N°166).Pour se déplacer et prendre des photos en extérieur, Jules Robuchon s’est heurté, comme ses collègues, au manque de moyens de communications. Là où d’autres louaient une voiture à cheval, il avait fait le choix de se déplacer avec une sorte de tricycle sur lequel il déposait son matériel photographique. Il montait ce véhicule dans le wagon à bagages du train et plus tard dans le tramway.

Photo de la campagne de St Michel-en-l’Herm.
On remarque précisément ce tricycle au premier plan à droite du cliché ci-dessus. La photo est en réalité destinée à montrer les collines huitrières de la commune de Saint Michel-en-l’Herm que l’on distingue en arrière-plan. Mais selon son habitude, le photographe a complété sa présentation par une scène avec deux personnages en second plan.
En fait, Il va surtout avoir besoin de se déplacer pour la concrétisation d’un très grand projet auquel il pense depuis 1864, mais qui va prendre du temps à se mettre en route, surtout à cause du montage financier indispensable. Il espère, en effet, réaliser des ouvrages sur les « Paysages et Monuments du Poitou » illustrés non pas par des lithogravures selon la tradition, mais par de grandes photographies. Il commencera en réalité à créer ses premières plaques photos sur ce thème à partir de 1879.
Les documents seront publiés sous forme de pochettes avec quelques illustrations et des textes écrits par plusieurs historiens locaux bénévoles. La première livraison, concernant la Vienne, aura lieu pour les souscripteurs, en janvier 1886, au prix de 4 Francs. Les monographies seront ensuite vendues au prix de 30 Francs.
Devant le succès de l’opération, il commence en 1893 un projet identique en Bretagne : « Paysages et Monuments de Bretagne ». La réalisation ne sera pas poursuivie jusqu’à son terme. Et en 1914 il interrompt également la publication de « Paysages et Monuments du Poitou ». Les quatre derniers livrets (X, XI, XII & XIII) concernant le Nord-Est du département de la Vendée ne sortiront jamais.

Une photo de Robuchon encadrée :Le château des Échardières à La Flocellière.
Dans le même objectif, un petit catalogue sera publié en 1892 pour permettre d’acheter les grandes photos (format 31 x 44 cm) à l’unité au prix 1 Franc cinquante centimes. Compte tenu de leur format, elles étaient destinées à être encadrées comme cela a d’ailleurs été le cas pour celle reproduite ci-dessus.
La photo représente la façade sur la cour du logis des Échardières dans la commune de La Flocellière. Construit aux XVème, XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, celui-ci a heureusement échappé à l’incendie des Colonnes infernales. Sur le catalogue, ce cliché porte le numéro 199 dans la rubrique Vendée.
Elle sera par le suite éditée en cartes postales vers 1900 et portera alors le numéro 306 dans ce nouveau classement.

Une des premières cartes postales en 1898 : L’Église Saint Jean à Fontenay-le-Comte.
C’est au tout début de l’année 1898 que Jules Robuchon envisage d’utiliser sa collection de clichés pour en faire aussi des cartes postales. Il n’est pas tout à fait le premier, puisque Lucien Amiaud l’a précédé de peu en novembre 1897.
Il les fait éditer chez Marrion à Paris, fournissant seulement le cliché. Son éditeur lui livrera des cartes de couleur bleue sans légende ni nom du photographe. Robuchon y ajoutera la légende en l’écrivant manuellement à l’encre sur la carte.
Mais, entre-temps Jules Robuchon a quitté Fontenay pour partir s’installer à Poitiers au milieu de l’année 1898. Dans cette nouvelle ville, il va continuer à travailler avec Marrion quelques temps en 1898 et une partie de 1899. Il continuera à rédiger à la main la légende mais il apposera pendant cette période un cachet « PHOT Jules ROBUCHON Poitiers ».
La carte postale ci-dessus, non numérotée, appartenant à cette dernière période (1898, postée en 1900), nous montre la foule attendant la sortie de la Mariée de l’Église Saint Jean de Fontenay-le-Comte. Elle présente, en outre, l’intérêt de nous permettre de revoir sur la gauche un immeuble qui a, depuis, été détruit pour établir une place publique.

Pouzauges, la route de La Flocellière.
Les cartes postales bleues, éditées par Marrion, étaient peu esthétiques et se vendaient assez mal. Jules Robuchon va alors changer d’éditeur et s’adresser à « Phot. A. B & Cie, Nancy », c'est-à-dire à la maison Bergeret. Elles seront désormais numérotées mais dans une liste unique comprenant la Vendée, la Vienne (largement la plus nombreuse) et le département des Deux-Sèvres.La carte postale ci-dessus porte le numéro 305 et l’inscription en très petits caractères : « Jules Robuchon, Phot. Poitiers ». Elle date de 1899 et c’est une carte dite « en nuage » parce que l’image n’occupe que le franc canton (coin en haut à gauche). La correspondance doit être portée sur le reste du Recto, le Verso étant réservé à l’adresse. Elle représente le Bois de La Folie à Pouzauges, vu de la route de La Flocellière.

Paysage d’Apremont.
On a beaucoup dit que Jules Robuchon concevait ses photos d’une manière artistique, comme de véritables tableaux. Le cliché ci-dessus, portant le numéro 448, en est bien la preuve. Après une scène avec deux jeunes filles au premier plan, le château apparaît sur la gauche dans un décor champêtre avec la rivière La Vie et le pont. Cette carte possède un intérêt supplémentaire, car on y aperçoit tout au fond l’ancienne église d’Apremont qui a été remplacée par un nouvel édifice en 1901.
Par rapport à la précédente, cette carte est visiblement un peu postérieure. En effet, à partir de 1902, avant que la réglementation de décembre 1903 n’autorise la correspondance à partager le Verso avec l’adresse, il change de police de caractères. Il continue à donner une bordure à ses cartes mais désormais l’inscription est en plus gros caractères et le numéro est en gras.
De toute façon, quelle que soit la date de l’édition de la carte postale, il s’agit dans un cas comme dans l’autre de l’utilisation de plaques photographiques plus anciennes.

A gauche : Nieul-sur-l'Autize
l’entrée du vieux château.
A droite : L’Église de Vouvant.
La carte postale de gauche, numérotée 248, représente l’ancienne entrée du vieux château de la Court à Nieul-sur-Autize. Elle est considérée comme très révélatrice du professionnaliste et de la préparation de Jules Robuchon. En effet sous l’ancien porche particulièrement net, on remarque la présence d’un homme assis sur un morceau de bois et muni d’une fourche, il est placé à cet endroit pour donner la dimension de l’ensemble. Toujours dans l’arcade, on aperçoit en arrière-plan un jeune homme et une jeune fille en pleine discussion. Et pour attirer l’attention vers ce sujet secondaire, l’homme à la fourche s’est retourné pour les regarder.
La carte de droite, numérotée 239, représente, elle, le célèbre transept de la magnifique église de Vouvant. Ce qui fait le particulier intérêt de ce cliché, c’est qu’il a été pris vers 1875, avant les restaurations de 1881. On peut ainsi distinguer l’ancienne nef en partie refaite, ainsi que le modeste et un peu disgracieux clocher au-dessus de la croisée des transepts. Ce dernier a été remplacé ensuite par un clocher hexagonal ressemblant à celui de l’église de Surgères en Charente-Maritime
Plusieurs autres de ses cartes postales peuvent être utilisées pour retrouver des édifices avant leur modification ou des monuments avant leur disparition. On peut citer dans ce dernier domaine, seulement pour le département de la Vendée : le château de Bouillé-Courdault (N°351), le pont de Mervent (N°245) ou l’église Saint Sauveur de l’Ile d’Yeu (N°375).

Carte à double vue Avrillé et le Bernard.
Membre de plusieurs associations historiques, notamment celle des Antiquaires de l’Ouest, Jules Robuchon avait une véritable vocation d’archéologue et se passionnait pour les fouilles. Il a en particulier beaucoup milité, le 5 septembre 1886, pour le redressement du dolmen de la Frébouchère dans la commune du Bernard (réalisé en 1887).
Une des photos sur la carte ci-dessus (N°285) représente justement le célèbre dolmen dans son état antérieur à la restauration de 1887 (la dalle de 80 tonnes brisée en deux parties). L’autre petit cliché nous montre le plus grand des menhirs de la commune voisine d’Avrillé.

Les fouilles au Langon.
Il se devait naturellement de consacrer au moins un cliché aux fouilles archéologiques organisées en 1888 par un groupe de chercheurs, sur un site gallo-romain dans la commune du Langon près de Fontenay-le-Comte (N°168 Bis). On y distingue les personnalités présentes et en particulier Octave de Rochebrune assis sous un parasol. Mais on peut aussi remarquer les techniques assez rudimentaires et primitives des fouilles de l’époque, qui sauvaient souvent des objets tout en saccageant le site.

La Bibliothèque du château de La Court d’Aron.
Dans le même intérêt, il a photographié les diverses collections de son ami Raoul de Rochebrune, dispersées dans toutes les salles de son château de La Court d’Aron dans la commune de Saint Cyr-en-Talmondais. On retrouve ainsi les façades (N°276, 277 & 278), la salle-à-manger (N°279), le salon (N°280), la bibliothèque (N°281) et le musée (N°280 Bis & 281 Bis).
La carte postale ci-dessus (numérotée 281) représente précisément la bibliothèque avec la cheminée de l’ancien prieuré de Mouzeuil et différents objets qui ont été ensuite légués au musée Dobrée à Nantes.

Le marchand de poulets à Beauvoir.
Quand les activités économiques apparaissent dans son œuvre, c’est principalement sous la forme de foires ou de marchés, parce que ce sont des témoignages de la vie rurale traditionnelle.
Dans ce domaine, on peut citer par exemple la carte ci-dessus qui représente le vendeur de poulets au marché de Beauvoir-sur-Mer (N°615 Bis), l’une des cartes qui par leur intérêt et leur valeur font aujourd’hui le plaisir des collectionneurs.
On ne lui connaît pas, tout au moins dans le département de la Vendée, de clichés concernant les activités industrielles. Tout au plus peut-on observer le chemin de fer à voie étroite (autrement dit le tram) en gare de Fromentine, dans la commune de La Barre-de-Monts (N°619 & 620).

L’hôtel Beau Rivage à Noirmoutier.
Il connaissait bien les environs de Beauvoir et surtout l’île de Noirmoutier. Il y a fait plusieurs séjours successifs à des années différentes pendant les vacances d’été (vers 1904 et 1906). On retrouve ainsi beaucoup de clichés de monuments, édifices, sites ou paysages situés à cet endroit: du numéro 376 au numéro 384, du numéro 603 au numéro 620 et du numéro 635 au numéro 656.
La carte postale ci-dessus (N°646) est légendée « L’heure du café à l’Hôtel Beau-Rivage sur la plage du Bois de la Chaize ». Elle représente, en gros plan, non pas des baigneurs de la plage des Dames mais des élégantes habillées pour une garden-party et attablées à la terrasse de l’Hôtel.
Jules
Robuchon dans son atelier à Poitiers.
Cette photo représente Jules Robuchon, plus âgé vers 1895, dans son atelier de sculpture 3 rue du Moulin à Vent à Poitiers.
En effet, artiste complet, il s’était déjà initié à la sculpture en 1868, à l’âge de 28 ans. A partir de 1889, il avait pratiqué cette discipline en compagnie de Louis-Auguste Roubaud et avait été admis au salon des artistes français.
Il a réalisé 42 œuvres sculptées. On lui devait en particulier, dans le département, le premier buste de Pierre-Hyacinthe Dumaine (1895) installé par la ville de Luçon dans le Jardin Public qui lui avait été légué en 1872. Il a également sculpté des médaillons en hommage à Octave de Rochebrune (1891), Nicolas Rapin, Benjamin Fillon ou René Vallette (fondateur de la Revue du Bas-Poitou).
La photo ci-dessous représente le médaillon consacré au physicien Henri-Adolphe Archereau et installé en 1896 sur la façade de sa maison natale au village de la Roullière à Saint Hilaire-le-Vouhis. Sur la plaque il est écrit : « Henri-Adolphe Archereau 1819-1893 physicien, inventeur de l’éclairage électrique et des agglomérés de charbon, naquit dans cette maison le quatre octobre 1819. Souscription publique à Paris, sous les auspices de la Société Artistique et Littéraire de l’Ouest ».

Le médaillon d’Archereau à St Hilaire-le-Vouhis.
Jules Robuchon est mort le 14 février 1922, dans sa 82ème année, chez sa fille et son gendre M. DESOINTRE, tailleur 42 rue de la Marne à Poitiers dans la Vienne. Sa fille poursuivra son œuvre photographique tout en conservant l’appellation « Photo Jules Robuchon ».
Chantonnay le 14 janvier 2026

Éditions La Chouette de Vendée