INAUGURATION DU MÉMORIAL DE LA VENDÉE MILITAIRE

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                                                                                    Panneau de remerciements aux bénévoles.
   Durant son enfance à La Chapelle-Basse-Mer (Loire-Atlantique), commune d’habitation de ses parents, Reynald Secher avait fait la connaissance des vestiges de la chapelle de l’ancien prieuré dit de Saint-Pierre-ès-liens et situés au lieu dit le Chapitre. Ce n’étaient d’ailleurs à cette époque que des ruines, dépourvues de toitures, avec des murs partiellement écroulés, envahis par les ronces et des débris parasites. On peut l’apercevoir dans cet état à gauche de la photo ci-dessus. Or, comme on peut le faire quand on est enfant, il s’était promis de restaurer cette chapelle, un jour, s’il en avait la possibilité.
   Devenu Historien, il décida de concrétiser cette promesse intérieure personnelle en créant des camps de jeunes dans le cadre de l’Association « Mémoire du futur », dont il est le président fondateur. Ainsi, pendant 30 ans, de 1992 à 2022, 2000 jeunes, venus de différents pays du monde entier, se sont retrouvés pour consacrer une partie de leurs vacances à cette œuvre historique et chrétienne. C’est la raison pour laquelle le panneau ci-dessus a été apposé en bonne place sur le mur : « MERCI ». Il remercie également tous les donateurs qui ont permis l’achat de matériaux de construction et d’équipement.
   La restauration de la chapelle, dont il restait des éléments significatifs, a pu être faite à l’identique. C’était l’achèvement d’une première étape. Les bénévoles souhaitant poursuivre leur œuvre, il fut alors décidé de reconstruire un prieuré comme avait pu l’être celui de Saint-Pierre-ès-liens (dont on ne connaissait que le tracé des fondations) et de consacrer ces futurs locaux à un Mémorial.
   La journée du vendredi 13 mai 2022 avait été choisie pour les différentes cérémonies de cette importante inauguration. Les listes des gens inscrits montraient de nombreux membres des vieilles familles de la noblesse française, des noms célèbres de notre Histoire nationale et même un ancien premier ministre de la France. Mais, les personnes les plus importantes lors de cette journée étaient les authentiques descendants des combattants Vendéens de 1793 et nul doute que l’assistance en comptait beaucoup. Nous n’en citerons que les deux plus connus : les héritiers de la famille de Cathelineau et celle de Charette. 

                                                                                                                       La procession.
   Comme pas moins de 800 personnes environ étaient présentes à la messe d’inauguration, celle-ci n’avait pas pu avoir lieu dans la chapelle elle-même, car cette dernière ne pouvait contenir que 200 personnes. Heureusement, le temps clément (peut être un peu trop) rendait possible de la faire en plein air devant le site. On aperçoit sur cette deuxième photo la procession du clergé qui, partant de la chapelle, se dirige vers l’allée centrale pour l'Asperges.

                                                                                                                     La Messe.
   A 15 heures, en présence de diacres et d’enfants de chœur, la messe traditionnelle était célébrée par le Révérend Père Emmanuel, Abbé de l’abbaye Sainte-Marie-de-Lagrasse (dans le département de l’Aude). Elle devait se terminer par le chant du « Vexillia Regis » (le chant des Vendéens en 1793).

                                                                                                           Les discours sur le terrain.
   Reynald Secher, docteur ès-lettres, parlant le premier, racontait tout d’abord l’histoire de ce chantier de 30 ans ou plutôt de ces 30 chantiers successifs qui, tous, ont fait avancer le projet jusqu’à son achèvement actuel. Il évoquait aussi l’objectif de ce Mémorial. Il ne s’agit, en effet, pas d’une plaque, ni d’un calvaire ni d’une chapelle commémorant un évènement ponctuel précis, mais d’un lieu de Mémoire pour toutes les victimes des exactions, crimes contre l’Humanité ou génocide dont les populations de la région ont été les malheureuses victimes durant cette insurrection.
   Philippe de Villiers, ancien ministre, ancien député, ancien président du conseil général de Vendée et créateur du spectacle du Puy du Fou, devait lui succéder. Il évoquait à son tour la Guerre de Vendée, la volonté de défendre les idéaux, les valeurs, la religion catholique, les combats, les héros et les martyrs. 

                                                                                                   La Bénédiction de la chapelle.
   Le R. P. Emmanuel procédait ensuite à la bénédiction et à la consécration de la chapelle Saint-Pierre-ès-liens comme on peut le voir sur les photos reproduites ci-dessus et ci-dessous.

La consécration à l'intérieur de la chapelle.

                                                                                                L’inauguration du prieuré et du Mémorial.
   C’est ensuite Philippe de Villiers qui inaugurait le Mémorial en coupant un ruban rouge et blanc aux couleurs de l’association « Mémoire du Futur ». Les ciseaux étaient posés sur un coussin portant le logo de l’association et qui était tenu par le premier petit-fils de Reynald Secher. On reconnait sur la photo ci-dessus : Philippe de Villiers, Amaury Secher, Tristan Secher (père du précédent) et Son Altesse Royale le prince Charles-Emmanuel de Bourbon de Parme. 

                                                                                                            Le cocktail dans le cloître.

   Après la partie la plus officielle de cette journée, un cocktail était servi aux participants qui se rendaient ensuite sous les arcades du cloître néo-gothique et le jardin intérieur du prieuré Saint-Pierre-ès-liens.

                                                                                                     La visite du Mémorial.
   Les personnes présentes pouvaient alors visiter librement les différentes salles du Mémorial en cours de réalisation et la crypte. Au centre de la salle principale, se trouve une imposante sculpture en bronze évoquant les noyades dans la Loire à Nantes et ailleurs. Elle représente une femme gisant sur le rivage du fleuve et une autre essayant vainement de sauver son enfant en le maintenant au-dessus de l’eau. Sur la photo ci-dessus, on reconnaît à gauche Daphné du Barry l’auteur de cette sculpture et à droite Anne Brassié écrivain, journaliste à TV Liberté.

                                                                                                         La statue de l’abbé Robin.
   Œuvre du même sculpteur, une statue en bronze de l’abbé Robin est là, comme un clin d’œil à l’Histoire locale des Guerres de Vendée.

                                                                                                « Les fresques » de la grande salle.
   Les murs de la grande salle sont recouverts de grandes toiles peintes représentant quelques grands moments des Guerres de Vendée : 1 - La Révolution (le serment du jeu de Paume), 2 - Le tirage au sort de la conscription, 3 - Les paysans venant chercher Cathelineau, 4 - Une embuscade, 5 - La traversée de la Loire, 6 - La mort de Bonchamps, 7 - La virée de Galerne, 8 - Les noyades de Nantes, 9 - Turreau et les bleus, 10 - Le passage des colonnes infernales, 11 - Les exactions des colonnes, 12 - L’exécution de Charette, 13 - Le Concordat etc… Elles ont été réalisées par le peintre Robert Prouty.
   Des bustes représentant les douze principaux généraux de l’insurrection sont également prévus ou en cours d’exécution. Actuellement trois sont déjà réalisés et présentés au Mémorial : Charette, La Rochejaquelein et Stofflet.

Le monument commémoratif dans la crypte.

                                                                                                                           La librairie.
   Pendant tout le temps laissé à la visite libre des lieux, des expositions et ventes de livres, gravures, objets en relation avec les guerres de Vendée étaient organisées sous les arcades du cloître. Les éditions La Chouette de Vendée étaient présentes avec trois de leurs auteurs pour tenir le stand et assurer les dédicaces : Michel Vrignaud, Morgan Lazartigues et Élisabeth Cougnaud. 

                                                                                          La table d’honneur lors du Benedicite.
   A partir de 20 heures, un repas amical avait été organisé sur le site lui-même.
   On reconnaît ici à la table d’honneur lors du Benedicite : SAR le prince de Bourbon de Parme (1er à partir de la gauche), la princesse Constance de Bourbon de Parme (3ème), Philippe de Villiers (4ème), Le Père Emmanuel (5ème), Madame de Villiers (6ème), l’abbé Malmezat (un des descendants de Cathelineau, 8ème), Jean-Pierre Robert (9ème). 

                                                                                            Une partie des participants au repas.
   Tous les très nombreux problèmes d’intendance de cette inauguration avaient été gérés par Ghislaine Herbreteau-Gerbaud et Hubert des Minières, aidés d’une équipe de bénévoles. En effet, le repas ne regroupait pas moins de 635 personnes installées sous une immense tente dans la prairie. 

                                                                                                    Reynald Secher et Philippe de Villiers.
   On remarque sur cette photo que Reynald Secher, comme tous les membres de l’association « Mémoire du Futur », porte en baudrier l’écharpe distinctive aux couleurs rouge et blanc. De la même manière les jeunes ayant participé aux différents camps portaient un brassard avec les mêmes couleurs.

Patrice Martineau.

   Cette inoubliable journée devait ensuite se poursuivre par un concert de Patrice Martineau à 22 heures et se terminer par un feu d’artifice à 23 heures 30.

Le feu d’artifice.


                                                                                      La satisfaction d’un groupe à l’issue de la journée.

   Les photos de ce reportage nous ont été aimablement fournies par Messieurs Alain-Jean Rousseau, Charles-Éric Rousseau et par le célèbre historien Philippe Delorme.

Maurice Bedon



LES RELIQUES DE SAINT SÉBASTIEN

                                                                                                                      Le martyre de saint Sébastien.
   Au moyen-âge, lors des épidémies de peste, les moyens thérapeutiques étant inefficaces, les médecins, le clergé et la population, afin de fléchir la colère de Dieu, se tournaient vers saint Sébastien et autres saints protecteurs, tel que saint Roch. Saint-Sébastien-d’Aigne, près de Nantes, actuel Saint-Sébastien-sur-Loire, était alors un des plus importants centres de pèlerinage de la région. Rabelais en parle : Gargantua, de passage à Saint Sébastien, avale six pèlerins qui avaient espéré lui échapper en se cachant sous des salades. Dans son église était conservée une relique du saint protecteur. Cette relique devait sans aucun doute attirer les foules, mais, à la suite des guerres de religion, elle fut perdue. En 1655, le recteur de la paroisse, Jacques Ticier, ayant appris l’existence d’une relique de saint Sébastien au prieuré Sainte-Radegonde du Loroux-Bottereau écrit à la prieure, espérant obtenir un morceau de cette relique :
                      « A Madame
      Madame de Grimouville, prieure du prieuré de Saincte Radegonde evesché de Nantes sous l’authorité de madame l’abbesse de Saint Sulpice
Supplient humblement et vous remonstrent Messire Jacques Ticier prêtre doyen de Clisson recteur de Sainct Sébastien et les paroissiens de la dite paroisse qu’ayant appris par plusieurs personnes dignes de foy que dans vostre église du prieuré de Sainte Radegonde, en la paroisse du Loroux Bottreau évesché de Nantes, il y avoit des relicques du glorieux martyr Sainct Sébastien, lequel est prié particulièrement dans la paroisse de Sainct Sébastien près Nantes, où quantité de personnes affluent pour y faire leurs dévotions prières et actions de grâce, tant pour la conservation que pour le recouvrement de leur santé en tout temps et principalement dans les saisons contagieuses où l’on voit assez souvent jusque à vingt et trente processions pour un jour tant de Bretagne Poitou Anjou que du pays du Maine, auquel lieu n’y ayant quant à présent par l’injure des guerres aucune relicque du dit Sainct Sébastien, les dits Ticier et paroissiens vos humbles suppliants, désirant augmenter la dévotion du peuple, auraient pensé avoir recours à votre piété et bonté, que humblement ils supplient par ces présentes vouloir leur accorder une telle portion de la susdite relicque qu’il lui plaira, en quoy elle obligera tout le public et outre que Dieu sera sa récompense, les dits suppliants au dit nom s’obligent de faire par chacun dimanche prière nominale tant pour madame l’abbesse et prieures que pour leur santé. C’est madame l’humble supplication que vous font les dits sieurs recteur et paroissiens vos très humbles serviteurs. »

   Suivent les signatures :
              P. Bureau     Guilbaud prêtre, vicaire de Sainct Sébastien     Ticier recteur
              Delacroix lieutenant de Pirmil et sénéchal de Sainct Sébastien     Les paroissiens

   La demande du recteur de Saint-Sébastien est bien reçue :
   «  Nous, Marguerite Dangennes, religieuse dame abbesse de Sainct Sulpice et Ursule de Grimouville, religieuse de la même abbaye de Saint Sulpice et prieure du prieuré de Saincte Radegonde en l’évesché de Nantes, ayant égard à la prière du sieur recteur de Sainct Sébastien de Nantes et de ses paroissiens soussignants avons consenty et consentons qu’en la présence du révérend père prieur des Jacobins de Nantes et de Guillaume Benoist, fermier du dit prieuré, ils prennent une petite partie des relicques de Sainct Sébastien qui sont dans le dit prieuré de Sainte Radegonde pour estre exposées et honorées dans l’église de Sainct Sébastien de Nantes selon leur saincte et pieuse attention, désirant contribuer à leur dévotion parce que les dits susdits Révérend Père prieur et fermier donneront une bonne attestation de la vérité des dites relicques.
            Donné à Sainct Sulpice de Rennes le quatorzième jour de novembre mil six cent cinquante cinq.
                                               Dangennes         Ursule de Grimouville »

    Le vicaire général de Nantes donne à son tour son accord :
   « Nous soussigné vicaire Georges Arnaud, prêtre docteur en théologie, vicaire général de Nantes scavoir faisant, vu la requête ci-dessus du vénérable et discret missire Jacques Ticier, prêtre recteur de Sainct Sébastien d’Aigne et de lui signée et de grand nombre de ses paroissiens, respondue par madame Dangennes, abbesse de Sainct Sulpice et d’Ursule de Grimouville, abbesse et prieure de l’abbaye de Sainct Sulpice et du prieuré de Sainct Radegonde situé en la paroisse du Loroux Bottreau, diocèse du dit Nantes par laquelle il conste du consentement et permission des dites dames religieuses de l’austre part escrit d’enlever partie de la relicque de Sainct Sébastien laquelle est de tout temps immémoriel révérée dans l’église de Saincte Radegonde, en conséquence de quoy nous avons donné pouvoir, conformément à la dite permission, au dit sieur Ticier, recteur, d’enlever processionnellement la dite relicque avec permission de l’exposer dans l’église du dit Sainct Sébastien pour y estre révérée ainsi qu’il appartient
               Fait à Nantes le troisième jour de décembre mil six cent cinquante cinq
                                            G Arnauld »

   Six jours plus tard, Jacques Ticier se rend processionnellement au Loroux-Bottereau prendre la relique et en rend compte sur son registre paroissial :
   « Le jeudy neufiesme de décembre mil six cent cinquante cinq, je, Jacques Ticier, doyen recteur de Sainct Sébastien, ay esté processionnellement dans l’église du prieuré de Sainte Radegonde, paroisse du Loroux, par permission de Monseigneur de Nantes, querir les relicques de Sainct Sébastien, du consentement de Madame l’Abbesse de Sainct Sulpice et de Madame de Grimonville, prieure dudit prieuré, inclinant à notre prière et requeste. »
   Quelques années plus tard, Antoine Binet, grand archidiacre de Nantes, en visite paroissiale à Saint-Sébastien, voit la relique et en donne la description :
   «… bras d’argent traversé de deux flèches au milieu duquel sous une vitre sont deux os sans nom ni marques, au bout duquel bras est inscrit : des deniers de la paroisse de Sainct Sébastien en l’an 1655. »
 Reliquaire de saint Luc exécuté vers 1337-1338 pour la reine Sancia de Majorque, épouse du roi angevin Robert II de Naples. Le reliquaire de saint Sébastien pouvait lui ressembler.

   La présence de ces nouvelles reliques dans l’église de saint Sébastien attire à nouveau les pèlerins. En 1722, une importante épidémie de peste frappe Noirmoutier. Madame Palvadeau, habitante de la commune de la Fosse, demande au curé de Barbâtre d’invoquer la clémence de saint Sébastien, ce qu’il fait en organisant un pèlerinage à Saint-Sébastien-d’Aigne.

    Monsieur Jacques Santrot parle en détail de cet épisode dans son ouvrage, qui vient d’être publié par les Éditions La Chouette de Vendée.

Les reliques de saint Sébastien et la révolution

   Après avoir confisqué et vendu les biens immobiliers du clergé, les révolutionnaires s’emparent des ornements et des vases sacrés des églises. Le but est de récupérer le plus possible de métaux précieux, la république manquant cruellement de numéraire alors que les assignats perdent de jour en jour leur valeur. Le reliquaire en argent de saint Sébastien est ainsi enlevé au début de l’année 1794. Voici le témoignage de Nicolas Viaud :
   « Le sans culotte soussigné croit, en républicain zélé, devoir déclarer à qui il appartiendra d’en connaître… qu’ayant vu Pierre Janeau, l’un de ceux qui portèrent les sacs, au nombre de quatre, remplis des ornements de l’église de Saint Sébastien, chez Carrier : lui a dit que n’ayant pu parvenir à le voir sous prétexte qu’il n’y étoit pas, quoiqu’ils l’entendirent crier comme un diable dans une chambre voisine, annoncèrent leur mission à un secrétaire qu’ils entendirent appeler Marat, que celui cy leur fit aussitôt vuider les sacs, prit le compte par écrit de ce qu’il contenoient, mais il ne rappelle pas si cettoit sur un registre ou une feuille volante qu’il en fit note, ce dont il se ressouvient le mieux c’est de la convoitise de Marat, et de quelqu’autres  jeunes  gens comme lui qui se trouvoient pour lors dans le bureau, à  la vue des chapes de velours, chasubles et aubes, cela disoit l’un feroit de belle et bonne culotte, un autre trouvoit, dans d’autre riche étoffe de superbes gillets, un autre y trouvoit des chemises, chacun voyoit de quoy s’arrenger et le citoyen Marat n’ayant pas jugé à propos de leur donner la reconnoissance qu’ils lui demandèrent, ils se retirèrent fort mécontents.
                                                                  Le 30 pluviôse an 2. (18 février 1794). »

   Ce reliquaire de saint Sébastien a probablement été fondu pour en récupérer l’argent, à moins que Carrier ou l’un de ses sbires, que l’on appelait effectivement des « marats », aient préféré le conserver. Il pourrait dans ce cas se trouver chez un particulier ou dans la collection d’un musée.

                                                                                                                     Alain GAILLARD

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Sources
La demande du recteur Jacques Ticier, la réponse favorable de la prieure et l’accord du vicaire général : Archives départementales 44, étude Delacroix, 4 E 2 620. Document communiqué par monsieur Jacques Rouziou.
-  La procession au Loroux-Bottereau pour aller chercher la relique : registre paroissial de Saint-Sébastien, 1634-1662.
-  La description du reliquaire : Archives départementales 44 : G 52.
-  Le témoignage de Nicolas Viaud : Archives départementales 44 : Q 507. Ces trois derniers documents figurent dans l’ouvrage : Du village à la cité-jardin. Robert Durand, Didier Guyvarc’h, François Macé et les Amis de Saint-Sébastien. ACL édition. 1986.



DES PRÉCISIONS SUR LA MOTHE CHANDENIERS

    Dès le rachat des ruines du Château de la Mothe Chandeniers (dans le département de la Vienne) par la Société Dartagnans et 25 000 copropriétaires issus du monde entier, le Blog de La Chouette de Vendée, Madame Ghislaine Gerbaud sa responsable et nous-mêmes avons suivi avec beaucoup d’intérêt cette sorte d’« aventure ».

    Aussi nous avons déjà eu l’occasion de publier plusieurs articles sur le sujet :

  • ­    le 14-01-2018 : Propriétaires à La Mothe Chandeniers (rubrique Pages d’Histoire N° 05-11),
  • ­    le 01-06-2018 : Des Nouvelles de la Mothe Chandeniers (rubrique Patrimoine N°08-02),
  • ­    le 19-08-2019 : Les activités de l’été 2019 (rubrique Blog N°2-60),
  • ­    le 06-10-2019 : Un livre sur la Mothe Chandeniers (rubrique Blog N°2-62),
  • ­    le 29-11-2019 : Le Noël des châteaux (rubrique Blog N°2-65).

Notre intérêt pour cet édifice, les liens qui nous attachaient à lui et la rédaction de ces différents articles nous ont amené tout naturellement à préparer un ouvrage qui est paru en mai 2019 sous le titre « Le château de la Mothe Chandeniers », publié par les Éditions « La Chouette de Vendée ».

Le Château de la Mothe Chandeniers

La couverture de l’Ouvrage

    La publication d’un ouvrage est certes la conclusion du travail de l’auteur durant une période donnée, mais elle ne correspond aucunement à la fin des recherches sur le sujet. Tout au contraire, elle n’est la plupart du temps qu’une étape et même une sorte d’émulation pour les amateurs d’Histoire désirant améliorer et faire avancer le travail déjà fourni. La sortie de l’ouvrage, c’est aussi le moment où l’auteur voit parfois apparaître et venir à lui des informations après lesquelles il a souvent vainement couru.

    Ce nouvel article d’aujourd’hui est ainsi pour nous l’occasion :

  1.  d’apporter un élément de connaissance supplémentaire du château ;
  2.  de préciser notre pensée sur une hypothèse, qui par définition peut être contestable ;
  3.  de vous informer sur des recherches ;
  4.  et surtout de vous faire partager les précieux documents qui ont été très aimablement communiqués à l’Éditrice par le général baron de Cassagne, ami de la famille Lejeune.

On aperçoit le Drapeau sur cette carte postale

1.   Un élément de connaissance : LE DRAPEAU DU CHÂTEAU :

Sur certaines cartes postales anciennes, datant des premières années du XXème siècle, un grand drapeau est en partie visible sur la hampe dominant le donjon du château. A l’aide de plusieurs documents iconographiques et des éléments représentés qui sont connus, nous avons pu reconstituer ce drapeau à l’identique. La Société Dartagnans est intéressée par sa reconstitution.

Il portait au centre le blason des barons Lejeune (avec la couronne) associé à celui de la famille Ardoin. La partie blanche était entourée de deux bandes rouge et bleu pour évoquer les couleurs du drapeau national.

Le drapeau reconstitué

2.   Précisions concernant une hypothèse : LA CONSTRUCTION DU CHÂTEAU :

   Lors de la rédaction de l’ouvrage, nous avions émis l’hypothèse que lors de la reconstruction au milieu du XIXème siècle le château avait connu plusieurs campagnes de travaux. Cette hypothèse s’appuyait sur plusieurs constatations :

   Tout d’abord la durée des travaux a été très longue, pour une construction au XIXème siècle. Même si la date du début n’est pas connue avec précisions (vers 1849). On sait que l’aile Est était édifiée lors de la mort de Jacques Ardoin en 1854 et les travaux terminés seulement en 1861 (la date est gravée sur l’escalier). Et la chapelle pour sa part a été achevée en 1867 (date sur les vitraux). Ce qui fait au moins 12 ans pour le château lui-même, c’est beaucoup !

   Ensuite la topographie des lieux provoquait des contraintes. A la Mothe Chandeniers, plusieurs édifices différents ont été construits, mais toujours exactement sur le même site entouré de larges douves. C'est-à-dire une situation identique à Chantilly, le célèbre château des princes de Condé. L’exiguïté de l’endroit et surtout l’étroitesse du pont ne permettaient pas à des équipes nombreuses d’œuvrer en même temps.

    Enfin il n’était pas envisageable pour des propriétaires, âgés de surcroît, de se priver totalement de leur château pendant 12 ans. Aussi, ils ont du prévoir au cahier des charges l’occupation périodique du château dans l’état pendant la saison annuelle des chasses. Ce qui signifie clairement que l’on reconstruisait seulement une aile à la fois, rendait le château à l’habitation, à l’automne. Et on recommençait l’année suivante. Et dans cette disposition la durée s’explique parfaitement.

Le château photographié par Jules Robuchon en 1898

   Dans ce contexte il reste parfaitement possible que les plans établis à l’origine par les architectes aient été scrupuleusement réalisés, que les différences visibles aient été volontaires prévues dès l’origine. Mais il est aussi vraisemblable que durant cette longue période, les goûts et les décisions des propriétaires aient évolués. Il en existe un exemple célèbre celui du Roy François Ier qui durant le chantier du château de Chambord a changé d’option plusieurs fois. Une chose nous conforte dans cette hypothèse : vers 1900 la baron Robert Lejeune a fait supprimer les curieuses sculptures entre les mansardes du second étage de l’aile Est (elles sont encore visibles sur la carte postale ci-dessus en 1898). Nous pensons donc personnellement, qu’au fur et à mesure des tranches de travaux successives dans les quatre ailes, les plans originaux aient pu évoluer plus ou moins.

3.  Une nouvelle information sur L’ARCHITECTE :

   Un journaliste vient de trouver sur des photos anciennes, prises peu après la construction, le cachet d’un architecte : GAUMONT. C’est une avancée intéressante. Il s’agit en fait d’un grand cabinet d’architectes célèbre au XIXème siècle. Il serait utile de trouver en outre le nom de la personne spécialement chargé du dossier de La Mothe et le nom de l’architecte local chargé de la surveillance sur place des travaux, comme cela se pratiquait à l’époque sur les gros chantiers.

4.  LES DOCUMENTS DU BARON DE CASSAGNE, communiqués par ce dernier :

Ces photos et documents concernent plus particulièrement la famille des barons LEJEUNE derniers propriétaires du château au moment de l’incendie de 1932.

   L’image de gauche est un daguerréotype, c'est-à-dire qu’elle a été réalisée, vers 1840, grâce à un procédé précurseur de la photographie. Elle représente le général Louis-François Baron LEJEUNE, le personnage illustre de la famille (1775-1843), alors qu’il vivait à Toulouse, ville dont il a été le Maire en 1841.

   La miniature de droite représente Louise CLARY (costumée en sultane) épouse du même Baron Lejeune, avec qui elle s’était mariée en 1821. Elle était la nièce de Désirée Clary épouse du maréchal Bernadotte roi de Suède. Cet objet a figuré lors d’une exposition au château de Versailles en 2012. Veuve, Louise Clary accompagnera son fils Edgard (2ème baron) lors d’une mission diplomatique en Mésopotamie. Elle est à l’origine de l’Hospice « Baron Lejeune » créé à Mossoul en 1874. Aujourd’hui détruit, il ne reste de celui-ci que la pierre de dédicace.

   Ce document, datant de 1829, raconte une mésaventure du Général Baron Lejeune :

   « Pour Madame la Duchesse de Reggio…Sujet de Dufour

   A la bataille de Bautzen, dans le plus chaud de l’affaire, un officier vient prendre les ordres de Mr le Maréchal de Reggio, tandis qu’il écoute un boulet emporte une jambe à son cheval sans que le cavalier s’en aperçoive, Mr le Mal fut obligé de l’en prévenir ; à l’autre côté de Mr le Maréchal son chef d’état major le général Lejeune est lancé en l’air par son cheval qu’une explosion d’un obus vient d’abîmer…..Paris le 3 février 1829 « 

   Cette Photo représente l’ancien Hôtel particulier Lejeune, situé 17 rue Bellegarde à Toulouse. On peut apercevoir au sommet de la ferronnerie de la grille d’entrée les initiales L.C (Lejeune-Clary). En outre une plaque porte l’inscription suivante :

   « Dans cet hôtel vécut et mourut le baron Louis François LEJEUNE (1775-1843),Glorieux soldat des Guerres de la Révolution et de l’Empire, portraitiste et peintre célèbre d’histoires et de batailles, directeur de l’Ecole des Beaux Arts de Toulouse, Maire de la ville en 1841 ».

   Cette belle miniature, signée Cécile Villeneuve en 1880, représente Louise TAIGNY baronne Lejeune (1856-1911), qui avait épousé le baron Robert Lejeune (3ème du titre) en 1880. C’est la mère de ce dernier, Marie Ardoin épouse d’Edgard Lejeune (2ème baron), qui lui avait transmis la propriété du château de la Mothe Chandeniers (reconstruit en 1861 par les Ardoin et Hennecart).

   Cette grande photo représente, en 1893, l’équipage de chasse regroupé autour du baron Robert Lejeune qui venait d’être nommé MASTER of the Pau Hounds. Succédant à FW Maude, il occupera ce poste de 1893 à 1896 avant de le céder au baron d’Este.

   Il s’agit ici d’une image du Souvenir (recto et verso) qui était distribuée aux participants lors d’une cérémonie de sépulture religieuse. Ceux-ci la conservaient ensuite en souvenir, entre les pages de leur livre de messe comme le leur préconisait la formule « Souvenez-vous dans vos prières ». Elle concerne Jules Marie Edgard Baron Lejeune (4ème baron) capitaine au 5ème régiment de cuirassiers, blessé mortellement à La Clytte en Belgique le 23 novembre 1914 et mort le même jour à Bailleul (Nord).

   La première image à gauche est celle de Napoléon Robert Baron Lejeune (3ème) dont nous avons déjà parlé. Elle nous apprend qu’il est décédé à la Mothe Chandeniers le 24 août 1943 à l’âge de 83 ans (donc dans le logement de l’orangerie après l’incendie du château).

   La seconde image est celle de sa belle-fille Marguerite (fille du prince MURAT) épouse du baron Edgard Lejeune. « Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre 1939-1945, rappellée à Dieu le 6 février 1956, A l’âge de 69 ans ». Pendant la première guerre mondiale, après le décés de son mari, elle avait créé un dispensaire et un ouvroir à Chambly ainsi que l’association d’aide aux veuves de Guerre en 1915. Lors de la guerre suivante, infirmière-major à la Croix-Rouge, elle ouvrit un hôpital militaire en 1939 et des pharmacies durant la période des bombardements de Beauvais.

Chantonnay le 24 août 2020

 


LA CROIX DU CAMP A FONTENAY-LE-COMTE

   Dans un précédent article consacré à la prise de Fontenay-le-Comte (25 mai 1793) et paru sur le présent blog le 28 février 2017, sous le numéro 06-06, nous avions évoqué «  La croix du camp » ce petit calvaire où les hommes de Lescure se sont arrêtés pendant la bataille pour prier.

1. Le général de Lescure représenté en 1818                              2.  Détail du tableau, la scène de la Prière

   Cette scène célèbre (mais pas toujours située avec exactitude) s’est effectivement déroulée juste avant la prise de Fontenay au Nord-Ouest de cette ville. Et lors de l’exécution du tableau ci-dessus, commandé par le roy Louis XVIII et réalisé par Jacques Faust-Lefèvre en 1818, c’est elle que l’artiste a représentée en arrière plan. Toutefois il faut bien se garder d’en rechercher des détails figuratifs. Dans son atelier parisien, le peintre exécute un paysage tel qu’il vient de son imagination. Ainsi le bocage Vendéen devient une région montagneuse, alors qu’on se situait en réalité ce jour-là dans la plaine. De la même manière, le petit calvaire devient un édifice imposant, tout en granit et juché sur un socle très élevé. Toutes choses que l’on ne retrouvait sans doute pas sur l’original du XVIIIème siècle qui était plus modeste, vraisemblablement en bois sur un socle en pierres locales.

Plan des lieux (la croix était vers le haut à gauche, dans le cadre vert).

   Ce calvaire historique, non entretenu, a été supprimé purement et simplement au début du XXème siècle, peut être dans l’espoir d’une réédification ultérieure.

   Sous l’impulsion de notre ami Pierre GREAU, l’association Le Souvenir Vendéen avait décidé de reconstruire un calvaire à cet endroit, car il s’agissait d’une des étapes incontournables de l’Épopée Vendéenne. C’est désormais chose faite. Le calvaire vient d’être inauguré le samedi 5 octobre 2018 par le président de l’association : Olivier du BOUCHERON.

La nouvelle Croix du Camp.

   Sur la partie supérieure du socle de la croix une plaque de granit noir indique : «Laissez les prier / Ils ne s’en battront / que mieux / Louis Marie de Lescure / « Saint du Poitou » / GENERAL VENDEEN / BATAILLE DE FONTENAY / 25 Mai 1793. »

   De plus, au niveau inférieur  du piédestal du calvaire sur une deuxième plaque de granit blanc il est écrit : « Témoin du passage le 25 mai 1793 / de l’armée vendéenne, cette croix avait disparu. / Elle a été relevée en octobre 2019 / par le Souvenir Vendéen. »

Le Président dévoilant le nouveau calvaire.

   Nous ne pourrions mieux faire que de vous citer ici le contenu de l’allocution prononcée par le vice-président Pierre GREAU.

   « En premier lieu, je veux rendre hommage à Monsieur Jacques Chauvin récemment disparu. C’est lui qui m’a emmené sur l’emplacement de l’ancienne croix du camp. Passionné par l’histoire des guerres de Vendée, il fleurissait tous les ans un des marronniers de la place Viète dont la végétation toujours précoce indiquait l’emplacement de la guillotine.

   Ne cherchez pas ici un camp quelconque, romain, gaulois, vendéen ou républicain, ce mot vient du latin Campanus c’est à dire campagne. C’est donc une croix de la campagne. Peut-être d’origine monfortaise, elle a sans doute été érigée dans la seconde moitié du 18ème siècle. Elle figure sur les cadastres de 1812 et 1843. En 1911, elle était en ruine et proche de disparaître.

   C’est à la croix du camp que s’est déroulé le samedi 25 mai l’épisode fameux de la prière. La première vague d’assaut composée des soldats de Lescure découvrent la croix du camp restée intacte. Ils s’agenouillent et commencent à prier. Un des officiers, la Ville de Baugé veut accélérer le mouvement. C’est alors que Lescure s’interpose : Laissez les prier, ils ne s’en battront que mieux après.

   N’oublions pas également les républicains tombés en cet endroit. Le général Alexis Chalbos avait désigné cette zone de la croix du camp à la garde nationale de Fontenay. Son commandant Louis-Joseph Fillon, oncle de Benjamin Fillon, fut tué dans les environs ainsi que Fesque son porte drapeau. Un billet conservé dans le fonds Dugast-Matifeux autorise la veuve Fillon à rechercher le corps de son mari.

   Nous allons maintenant nous diriger vers la mairie où je vais vous relater les deux batailles de Fontenay-le-Comte. »

L’Allocution de Pierre Gréau

 Maurice BEDON




INCENDIE AU CHÂTEAU DE LA TOUCHE
A ROCHESERVIÈRE

   Le château de la Touche dans la commune de Rocheservière a été victime d’un grave incendie samedi 2 novembre 2019 en fin de nuit. Les causes de ce drame sont pour l’instant encore inconnues des enquêteurs. Quand les Sapeurs-Pompiers, répondant à l’appel, sont arrivés sur les lieux à 6 heures du matin, la toiture de la partie gauche était déjà en feu.

L’incendie du château durant la nuit. (Photo Ouest-France)

   C’est une spécialité connue des charpentes des grands édifices construits au XIXème siècle que de s’enflammer comme des allumettes. Les centres de secours de Rocheservière, Saint-Philbert-de-Bouaine, Les Lucs-sur-Boulogne, Aizenay, Montaigu, La Roche-sur-Yon et Sainte-Hermine sont intervenus rapidement avec 50 hommes environ et des moyens importants : 11 véhicules de secours, 2 bras aériens, 2 ambulances, 3 engins de secours, 1 camion citerne et 1 poste de commandement (selon le journal Ouest-France). Ils ont ainsi réussi à sauver les deux grosses tours rondes aux extrémités mais la toiture principale est calcinée, plusieurs planchers intérieurs se sont effondrés et certains pans de murs pourraient menacer ruine. Ce n’est que dimanche 3 novembre que le corps sans vie du propriétaire septuagénaire a été découvert dans les décombres du château.

Le château incendié au matin du 2 XI 2019. (Photo Ouest-France)

   Ce grand château construit à l’extrême fin du XIXème siècle sur une partie élevée dominant la vallée de la Boulogne près de la route allant du bourg de Rocheservière en direction de Corcoué-sur-Logne (Loire-Atlantique), est visible d’un peu partout dans le paysage de la commune. Il avait remplacé un édifice ancien, dénommé « La Touche Massé » qui avait appartenu à la famille MOREAU de la Saulzaie, puis à celle de l’ÉCORCE au XVIIème siècle et aux GOULARD du Retail au XVIIIème. Il était passé par alliance à la famille de BAUDRY d’Asson. Et c’est le marquis Armand de Baudry d’Asson, habitant le château de Fonteclose à La Garnache, qui avait vendu le domaine en septembre 1889 à Pierre MOREAU négociant à Nantes et à son épouse Yvonne-Marcelle-Marie Gardais.

La façade d’entrée du nouveau château en 1905.

   Ces derniers firent construire le château actuel de style néo-renaissance par un architecte nantais en 1892. Malheureusement des désordres et des malfaçons dans la construction entrainèrent une procédure à l’encontre de l’entrepreneur. Celle-ci devait d’ailleurs se conclure par la construction d’une grosse tour ronde supplémentaire vers 1909.

La façade arrière du côté de la vallée vers 1905.

   Au décès de Pierre MOREAU en 1907, le château passa à sa fille qui avait épousé Monsieur PAVILLON. Il a été ensuite vendu et acheté par EDF en 1949 pour faire une maison de retraire. Revendu en 1974, il a alors été acquis par Monsieur JEAN et son épouse Maryse Moreau.

   Il nous reste désormais à souhaiter que cet imposant château puisse être l’objet des réparations indispensables à sa survie.

Le château vu de la Boulogne pendant la construction de la 2ème tour.




LE MONUMENT DES QUATRE-CHEMINS DE L’OIE

 

   Le très célèbre carrefour, situé sur les routes départementales RD 137 et RD 160 au lieu-dit les Quatre-chemins de L’Oie sur la commune de Sainte-Florence (dénommée autrefois Sainte-Florence-de-l’Oie) vient de connaître une série de travaux de voirie.

   En effet, le Conseil Départemental de La Vendée vient de faire remplacer les feux tricolores par un rond-point. Cette transformation a d’ailleurs entrainé la disparition des anciens bâtiments datant du XIXème siècle et formant l’angle Nord-Ouest du carrefour. Cette importante modification est l’occasion de nous souvenir que pendant quelques années, au début du XIXème siècle, un monument avait été élevé précisément à cet endroit pour commémorer toutes les batailles ayant eu lieu dans les environs durant les Guerres de Vendée.

Le nouveau rond-point au carrefour des Quatre-Chemins (vu dans le sens La Roche - Les Herbiers).

   Il en est fait clairement mention dans plusieurs ouvrages, en particulier dans les « Chroniques Paroissiales » de l’Abbé Aillery, rédigées au milieu du XIXème, mais éditées en 1892 :

« Dans un siècle où on élève tant de monuments, Les quatre chemins de L’Oie méritait bien le leur ! Aussi en 1828 Mm la duchesse de Berry posa la première pierre d’un monument expiatoire de style gothique en forme d’oratoire quadrangulaire avec quatre arcs en ogive, liés par un entablement, surmonté de petits frontons formant un baldaquin, au dessus duquel une croix avec une inscription : « In hoc signo vinces ».

   Mais ce monument eut le sort de celui de Charrette à Legé. Le conseil général, déguisant sa pensée, n’a cessé depuis 1830, de renouveler le vœu que cette construction fut démolie et que son emplacement rendu à la circulation sur les deux routes qu’elle obstruait à leur intersection ».

   La mention est fort intéressante, toutefois on ne manquera pas de remarquer que l’auteur se trompe probablement car il nous décrit en réalité une chapelle ressemblant à celle édifiée à la même époque et dans les mêmes circonstances sur la colline des Alouettes aux Herbiers.

Le carrefour sur le cadastre de 1824.

   On ne trouve malheureusement aucune trace de ce monument sur l’ancien cadastre (dit Napoléonien) des communes concernées. Mais il n’y a rien d’anormal à cela, puisque le monument n’a été construit qu’en 1829 alors que le cadastre de cet endroit avait effectivement été terminé en 1825 (par Berthelot aîné, géomètre-expert de 1ère classe). D’autre part, à notre connaissance, il n’existe pas de gravure, de dessin ou d’eau-forte contemporains qui auraient pu représenter ce petit monument.

La duchesse de Berry. 

   Tout commence en 1828 quand S A R Marie-Caroline de Bourbon-des-Deux-Siciles, veuve du duc de Berry et donc belle-fille du roy Charles X, effectue un voyage officiel de près d’un mois dans la région dite de la Vendée Militaire. Ce déplacement a d’ailleurs été un véritable triomphe beaucoup plus grand que celui du voyage du duc et de la duchesse d’Angoulême cinq ans plus tôt. Arrivée à Saumur le 20 juin 1828, la duchesse va s’efforcer de visiter avec beaucoup d’intérêt, de prévenance et de chaleur humaine un maximum de sites des Guerres de Vendée. Elle laissera de cette façon un excellent souvenir dans les campagnes vendéennes. Ainsi, le 5 juillet, après une nuit passée à Bourbon-Vendée (aujourd’hui La Roche-sur-Yon) elle arrive aux Quatre-chemins de l’Oie par Les Essarts et pose la première pierre d’un futur monument commémoratif (celui dont nous parlons). Puis elle se dirige vers Les Herbiers et poursuit par La Gaubretière, « le Panthéon Vendéen ». Elle sera hébergée pour la nuit au château de Landebaudière chez Auguste de La Rochejaquelein. Elle reprendra la route le lendemain 6 juillet pour se rendre vers Torfou, Clisson, Cholet et l’Anjou. Elle reviendra dans le département de la Vendée par Saint-Laurent-sur-Sèvre le 9 juillet et couchera au château de la Pélissonnière chez le comte Frottier de Bagneux au Boupère. Elle finira ensuite son voyage par Chantonnay, Luçon, Fontenay jusqu’à La Rochelle.

La façade du château de Landebaudière.

   Juste après ce voyage, en Août 1838, le Conseil Général de la Vendée décide de réaliser la construction du monument dont la Duchesse a posé cérémonieusement la première pierre. Et le mois suivant, en septembre 1838, il vote les premiers crédits et fait les démarches officielles auprès de la division des Beaux-Arts du Ministère de l’Intérieur du Roy Charles X. Selon une méthode fort ancienne, en attendant une décision peu douteuse mais qui pouvait durer dans le temps, ils décident d’anticiper. Ils font établir un projet et des devis. Malheureusement le dossier consacré à ce sujet aux Archives Départementales de la Vendée (4T40) ne contient aucun plan ni aucun schéma, mais seulement des dimensions. Toutefois celles-ci nous permettent tout de même de nous faire une idée du monument projeté.

   Il comporte un socle carré en pierres avec des marches, de 2,90 mètres de côté. Il est ensuite surmonté par un piédestal en pierres avec une petite corniche. Et il se termine par une partie supérieure qui s’élève à 8,64 mètres du sol. On comprend ainsi facilement qu’il ne peut s’agir d’une pyramide, mais d’une sorte d’obélisque pyramidale certainement octogonale.

L’Ordonnance Royale du 15 avril 1929 (recto).

Le Verso de l’Ordonnance Royale.

   L’Ordonnance royale n’a pas trop tardé et elle est parfaitement conforme aux attentes du Conseil Général de la Vendée. On notera toutefois que l’article 2 prévoit que : « les plans et devis seront soumis à l’examen du Conseil des bâtiments civils » (il y avait donc des plans à cette époque !)

   La construction se poursuit donc à un rythme normal, ignorant qu’une difficulté importante va surgir. En effet, à la suite des trois journées d’émeutes parisiennes des 27, 28 et 29 juillet 1830, le Roy Charles X est contraint d’abdiquer et est remplacé quelques jours plus tard par la monarchie de juillet. Cette dernière s’identifie rapidement par des décisions tout à fait opposées à celles de la monarchie légitime. Les travaux du monument des Quatre-Chemins de l’Oie, inachevés, sont abandonnés définitivement. Nous ne savons pas exactement à quel niveau le chantier en était arrivé, mais il est très probable que les maçonneries et le gros œuvre étaient achevés et que seules les décorations, inscriptions et sculptures restaient à faire. On peut donc penser que le monument avait grossièrement sa forme prévue à l’origine.

La Salle du Conseil Général à la Préfecture (au XIXème).

   Le Conseil Général de la Vendée va alors s’acharner littéralement sur ce pauvre monument. Ce revirement ne doit pas nous surprendre. En effet, au début du XIXème siècle, les Conseillers Généraux n’étaient pas élus par la population, ils étaient nommés par le préfet (c'est-à-dire par le gouvernement) parmi les riches propriétaires qui lui étaient fidèles. Les nouveaux conseillers tenaient donc particulièrement à monter leur soumission au règne de Louis-Philippe.

   Lors d’une session de 1836, ils expriment le vœu suivant et le font remonter jusqu’au gouvernement à Paris :

   «  MONUMENTS : -- Le Conseil demande que la pyramide des Quatre-Chemins, qui rappelle de douloureux souvenirs, obstrue la voie publique et est presque entièrement dégradée, soit entièrement démolie, et que l’emplacement qu’elle occupe soit rendu à la circulation ».

   On ne manquera pas de constater la mauvaise foi évidente qui apparait dans le texte du vœu. Tout d’abord on emploie volontairement le mot « pyramide », qui ne correspond pas à la réalité, mais est là pour suggérer une idée de gros encombrement. Ensuite le monument rendait hommage au sacrifice et au martyre de nombreux Vendéens. En outre la construction n’est pas dégradée, elle est seulement inachevée. Enfin, l’édifice n’a jamais obstrué la voie ni gêné le moins du monde la circulation au XIXème siècle (il l’aurait par contre fait au XXème !)

   Une nouvelle délibération du Conseil Général décide de la destruction et vote les crédits nécessaires en 1846. Le monument est effectivement rasé en 1847, mais on ne sait pas où les pierres taillées ont été réemployées. Cette action inutile et délibérée prend ainsi place parmi toutes les tentatives de Mémoricide (dixit Reynald Secher) qui marquent l’Histoire des Guerres de Vendée.

La Fontaine du Grand-Canton aux Sables-d’Olonne.                                           Un repère de chasse à la Mothe Chandeniers (Vienne).

   A défaut de schéma ou de gravure on peut assez facilement essayer de deviner à quoi pouvait ressembler ce monument. Il y a en Vendée, en centre ville des Sables-d’Olonne, place du Grand-Canton, une fontaine qui doit avoir un aspect assez proche. Il faut seulement supprimer mentalement la répétition des sculptures géométriques sur les flancs ainsi que les armoiries (Cf. carte postale ci-dessus). Nous en connaissons un autre exemple certainement encore plus proche. Il s’agit d’un repère de chasse dans les bois du château de la Mothe Chandeniers près de Loudun, dans le département de la Vienne (Cf. photo ci-dessus).

   Du fait de cette démolition, le carrefour des Quatre-chemins de l’Oie a perdu le monument qui faisait sa spécificité, comme la colonne de Torfou marque le carrefour des routes RD 949 et RD 753 près de Tiffauges. Et cette situation va durer pendant plus d’un siècle et demi, de 1847 à 2018. La carte postale ci-dessous nous montre d’ailleurs l’aspect et la situation de ce carrefour vers 1910. Il faut bien reconnaître que durant la deuxième moitié du XXème siècle, la présence du monument aurait été incompatible avec l’abondante circulation de l’ancienne RN 137 Nantes-Bordeaux, surtout avant la construction de l’autoroute A83 Nantes-Niort.

Le Carrefour des Quatre-Chemins vers 1910 (vu dans le sens La Roche - Les Herbiers).

   Et maintenant !!

   Un rond-point vient d’être créé à cet endroit, avec un terre-plein central suffisamment vaste pour y implanter quelque chose……. un petit monument commémoratif par exemple ! Celui-ci présenterait en outre l’avantage d’être un élément touristique ayant du sens, repérable et personnalisant le lieu, en tous cas beaucoup plus que tout ce que l’on trouve sur les innombrables ronds-points de France. Dans cet objectif, il nous semblerait opportun qu’une (ou plusieurs) des associations de la Mémoire Vendéenne s’empare d’un tel projet et le conduise en collaboration avec l’Assemblée Départementale, comme avait pu le faire le Souvenir Vendéen avec la chapelle commémorative du Mont des Alouettes aux Herbiers en 1968. Nous nous permettons de le souhaiter vivement.

Chantonnay le 16 septembre 2019

Maurice BEDON

Ancien Conseiller Général
de la Vendée

 

 


LES ARMES DE RÉCOMPENSE

 

   Les armes de récompense ont été oubliées car elles étaient confondues avec les armes d’honneur, destinées aux militaires pour des actions d’éclat. Cette mesure avait été arrêtée par Bonaparte en décembre 1799.

   A peine installé sur le trône, le comte de Provence devenu Louis XVIII, crée le 31 mai 1814 des commissions préfectorales chargées d’examiner les droits des vétérans vendéens et chouans qui avaient combattu dans l’ouest pour la cause des Bourbons.

Les Rois Louis XVIII et Charles X

   En janvier et février 1815, les commissions avaient achevé leur travail. Elles proposèrent des pensions annuelles, des gratifications une fois payées, des brevets d’honneur ou lettres de remerciements et des armes de guerre, données au nom du roi avec inscription des noms des bénéficiaires.

   Le retour de Napoléon aux Cent Jours allait retarder de deux ans l’application des mesures prises en faveur des Vendéens et des Chouans. En 1816, sur la base de l’ordonnance royale de 1814, le travail des commissions reprit. En 1817, la fabrication des armes, épées, sabres et fusils, était achevée. Elles étaient prêtes à la distribution.

   C’est alors que le ministre Gouvion Saint-Cyr présenta à Louis XVIII un rapport préconisant de ne pas octroyer les armes et de les remplacer par des brevets d’honneur. Le roi ayant approuvé cette mesure, les armes vont rester entreposées dans les arsenaux de l’artillerie durant sept ans.

Un fusil de Récompense

   Louis XVIII eut-il conscience que sa fin était proche ? En tout cas, le 8 janvier 1824, il décidait de distribuer les armes de récompense. Il fixait comme date le 25 août 1824, jour de la fête de la Saint-Louis. Les armes furent déstockées, envoyées dans chaque département au début du mois d’août et remises aux bénéficiaires à la date prévue. Un mois après Louis XVIII mourait.

   Sous le règne de Charles X, les Vendéens et les Chouans virent les sommes qui leur étaient allouées, passer de 250 000 à 700 000 francs. Le milliard des émigrés indemnisait les propriétaires qui avaient tout perdu pendant la Révolution pour cause d’émigration ou de condamnations à mort.

   Dès son avènement en 1830, Louis-Philippe met sur pied une commission chargée de revoir les pensions afin de les diminuer ou de les supprimer.

   Deux ans plus tard, après le soulèvement de la duchesse de Berry, les armes de récompense furent confisquées en grande partie dans les départements de la Vendée et de la Loire-Inférieure. Il faudra attendre 1853 pour qu’un directeur de l’armement de Nantes obtienne l’aval de ses supérieurs pour rendre les armes aux ayants-droit. Toutes les pensions furent supprimées.

 

Pierre Gréau

 

Le livre sur les Armes de Récompense

 




TESTEZ VOS CONNAISSANCES  !

Sur la VENDÉE 

   C’est un petit jeu très simple mais instructif que nous vous proposons aujourd’hui, pour vous permettre de tester vos connaissances sur des communes du département de la Vendée.et d’anciens personnages marquants liés à celles-ci (sur 20 siècles de notre histoire).

   Pour jouer vous n’avez besoin que de vous munir d’un papier et d’un crayon.

   L’exercice est très simple : nous vous présentons 20 cartes postales anciennes (numérotées de 1 à 20) et il vous suffit d’essayer de reconnaître:

      1.    Quelle commune (exacte) est représentée sur le cliché ? (classées de A à T) et

      2.    A quel personnage le monument (ou plus largement la commune) fait référence (classés de a à t)

   Attention : les personnages ne sont pas tous des célébrités, il y a aussi des individus légendaires ou mythiques. De plus les clichés représentent un lieu précis qui est un peu reconnaissable mais évidemment ce n’est pas l’aspect le plus connu (car ce serait trop facile). De plus la légende de la photo a été évidemment cachée. Les cartes postales datent presque toutes des années 1905 environ, sauf celles qui évoquent un personnage postérieur. Toutefois, pour vous aider elles sont été mises dans un ordre approximativement chronologique.

   Nous vous fournissons ci-dessous un exemple (bien entendu hors-jeu)


Naturellement c’était très facile (c’est pour cela que cet exemple ne compte pas !) :

La commune était LA ROCHE-SUR-YON et le personnage NAPOLEON Ier.

 LES 20 CARTES QUESTIONS :














 

LE TEST GRANDEUR NATURE :

   Vous venez de faire le test, nous allons vous aider à vous évaluer :

     Si vous avez reconnu  0 image sur 20 : il est grand temps de visiter le département !

     Si vous avez reconnu  5 images sur 20 : lisez le Blog de La chouette vous apprendrez beaucoup !

     Si vous avez reconnu 10 images sur 20 : vous pouvez encore mieux faire, un effort !

     Si vous avez reconnu 15 images sur 20 : vous connaissez bien la Vendée !

     Si vous avez reconnu 20 images sur 20 : vous êtes un véritable érudit local !

 

LE QWIZZ :

   Après ce premier test pur et dur, et pour vous permettre d’avancer, nous allons maintenant simplifier le même exercice en vous fournissant la liste des 20 communes placées en désordre par rapport au jeu, puisque classées par ordre alphabétique (de A à T), ainsi que la liste des personnages établie de la même manière (de a à t).

   Le nouvel exercice beaucoup plus simple consiste seulement à rechercher qui va avec quoi :

 

Liste des communes :

  A - BEAUVOIR-SUR-MER (statue) K - MONTAIGU (école)
  B - CHAMBRETAUD (le bourg) L - MOUCHAMPS (Colombier)
  C - FONTENAY-LE-COMTE (maison) M - MOUCHAMPS (Parc Soubise, chêne)
  D - LA GARNACHE (Fonteclose) N - MOUILLERON-EN-PAREDS (maison)
  E - LA GAUBRETIERE (Le Sourdy) O - REAUMUR (le logis)
  F - LA ROCHE-SUR-YON (auberge) P - ST-HILAIRE-DE-LOULAY (Bois Corbeau)
  G - LA ROCHE-SUR-YON (ancienne statue) Q - ST-HILAIRE-LE-VOUHIS (buste)
  H - LES HERBIERS (Étenduère) R - ST-LAURENT-SUR-SEVRE (tombeau)
  I - LES HERBIERS (moulin) S - TIFFAUGES (château)
  J - LUCON (évêché) T - VOUVANT (tour)


Listes des Personnes :

  a / Amiral des Herbiers k / La mariée
  b / Amiral du Chaffault l / Maréchal de Lattre
  c / Barbe-Bleue m / Napoléon Ier
  d / Cardinal de Richelieu n / Paul Baudry peintre
  e / Fée Mélusine o / Physicien Archereau
  f / Général Belliard p / Physicien Réaumur
  g / Général Charrette q / St Louis M de Montfort
  h / Georges Clemenceau r / Saint Philibert
  i / Henri IV s / Sapinaud de la Rairie
  j / Jean Yole t / Villebois-Mareuil

 

LES RÉPONSES :

   Voilà le jeu est terminé. Aussi nous vous fournissons maintenant les réponses pour vous permettre de vérifier vos résultats :

    1 : A, r  2 : S, c  3 : T, e   4 : M, i   5 : J, d
    6 : H, a  7 : R, q  8 : O, p  9 : K, b 10 : D, g
   11 : E, s 12 : F, m 13 : C, f 14 : Q, o 15 : B, k
   16 : G, n 17 : P, t 18 : L, h 19 : I, j 20 : N, i

   N’hésitez pas à faire des « révisions » nous pourrions être tentés de vous proposer un autre exercice ultérieurement !

 





L’INCENDIE DE NOTRE-DAME DE PARIS



La façade sud de la Cathédrale avant l’incendie.

   Lundi 15 avril 2019 (premier jour de la Semaine Sainte) à 18 heures 50 les premières flammes apparaissaient sur la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris qui était en cours de restauration. Ce violent incendie ravageait ensuite en l’espace d’un peu plus deux heures l’ensemble de la toiture principale couvrant la nef, le chœur, les transepts et détruisait la flèche. Heureusement, les efforts constants des Sapeurs-Pompiers de Paris permirent de sauver les deux tours et le reste de l’édifice.

Photo prise au cours de l’incendie (France Info).

   Ce spectacle incroyable et totalement affligeant, alors qu’il était retransmis aussitôt dans le monde entier par les médias, provoquait une véritable sidération générale et une consternation planétaire. Il est bien sûr trop tôt pour faire un bilan précis de la situation et les informations complètes manquent encore.

Ce petit article n’a pour objectif que de marquer notre solidarité en rappelant par quelques images l’essentiel ce que pouvait être Notre-Dame de Paris. Le triste spectacle, qui nous a été ainsi infligé, n’était pas en rappeler un autre, du même genre, aux nantais et aux ligériens que nous sommes : l’incendie de la toiture de la cathédrale de Nantes le 28 janvier 1972 dans les mêmes conditions.

La construction de cette cathédrale à Paris, initiée par l’évêque Maurice de Sully en 1163, s’était poursuivie jusqu’en 1235.

Dans ce lieu hautement consacré battait le véritable cœur, non pas seulement de Paris, mais de toute la France. Cet édifice avait été présent à tous les grands évènements de notre Histoire Nationale. Ce Monument est reconnu comme appartenant au patrimoine mondial. Sa restauration va donc évidemment de soi.

 

Ce qui a totalement disparu :

 1.  La charpente principale.                                                             2. Le détail de la flèche.

   La charpente, fabriquée avec des chênes du XIIIème siècle, était longue de 120 mètres, large de 13 et haute de 10 mètres au dessus de la nef. C’est la présence de toutes les poutres en bois qui lui avait fait donner le nom de « la forêt ». La carte postale ci-dessus ne représente pas celle de Notre Dame de Paris mais celle identique de la cathédrale de Reims elle aussi disparue dans l’incendie provoqué par les bombardements des troupes allemandes pendant la première guerre mondiale.

La première flèche du XIIIème siècle, située à la croisée des transepts, s’était écroulée en 1792. L’architecte Viollet-le-Duc, chargé des restaurations, l’avait remplacé de 1859 à 1860 par celle que nous avons connu. De forme octogonale, elle était construite en bois recouvert de plaques de plomb et culminait à 96 mètres du sol. Elle s’est naturellement écroulée dans le brasier. Toutefois le coq en cuivre, situé au sommet, a été miraculeusement retrouvé dans les décombres. Il contenait un fragment de relique de Sainte Geneviève protectrice de Paris. En outre les statues des douze apôtres qui entouraient la base de la flèche ont eu la chance d’avoir été déposés pour les travaux.

 

Ce qui a été endommagé :

 1. L’intérieur, la Nef.                                                                                           2. Les grandes orgues.

   Dans la nef, les voûtes en croisée d’ogives s’élevaient à 33 mètres de haut. En tombant la flèche a fait totalement s’écrouler la voûte de la croisée des transepts. Une autre travée de la nef présente de la même manière un large trou.

   Situées dans une tribune de la nef au dessus du portail central principal, les grandes orgues n’ont pas été atteintes par le feu ni noyées par l’eau. Mais par leur fragilité, elles ont néanmoins été endommagées par la chaleur, la fumée et la poussière. Elles seront probablement récupérables après un long et minutieux démontage et nettoyage. C’est un instrument prestigieux, le plus connu au monde, de 113 jeux et 7800 tuyaux. Certains de ceux-ci datant encore du XIVème siècle ont été réutilisés dans le nouveau buffet datant de 1730. L’orgue avait ensuite été entièrement repensé par le célèbre facteur Cavaillé-Coll en 1864 et restauré en 1989.

Les stalles du Chœur.

   Dans le chœur, les stalles en bois finement sculptées au début du XVIIème siècle n’ont pas été atteintes par l’incendie mais seulement salies par l’eau et la fumée. Il en est de même du groupe de statues de marbre blanc dites du « vœu de Louis XIII », œuvres de Coysevox et Coustou datant du début du XVIIIème, ainsi que la clôture externe du chœur datant de 1351. Les grands tableaux religieux, datant du XVIIème siècle dits les « Mays de Notre-Dame » (parce qu’ils étaient offerts au mois de mai par la corporation des orfèvres de la capitale) sont seulement salis.

 

Ce qui a été préservé :

 1. La façade et les tours.                                                                                       2. Le célèbre gros Bourdon.

   La façade et les deux tours ont été construites vers 1220 et culminent à 68 mètres de haut. La tour Nord contient les cloches mais le gros bourdon se trouve dans celle du sud. La célèbre façade ainsi que les deux tours sont pratiquement intactes grâce à l’action des pompiers. Les trois grandes rosaces ne semblent pas avoir non plus souffert de l’incendie.

   Le gros bourdon baptisé « Emmanuel, Louis, Marie-Thérèse » a été installé en 1681 avec le roy Louis XIV pour parrain. Avec un son grave très reconnaissable c’est lui qui sonne à l’occasion des grands évènements. Il pèse 13 tonnes, plus ½ tonne de battant et 1 ½ tonne de jong de soutient. Dans les tours, si les beffrois en bois portant les cloches avaient brûlé, les cloches seraient tombées en écrasant tout sous leur poids. Les tours se seraient alors probablement écroulées.

1.  La statue de Notre-Dame de Paris.                                              2. Le reliquaire de la Couronne d’Épines.

   Cette magnifique Vierge à l’enfant datant du XIVème siècle est baptisée « Notre-Dame de Paris », c’est dire qu’elle est le symbole même de la cathédrale. Elle est installée le long d’un pilier à l’entrée du chœur sur la droite. Elle ne semble pas avoir été endommagée mais la flèche et la voûte sont littéralement tombées à ses pieds.

   La célèbre relique de la Couronne d’Épines de Jésus-Christ lors de la Passion avait été ramenée d’Orient par Saint Louis et installée dans la Sainte Chapelle. Échappant par miracle aux pillages révolutionnaires, elle avait ensuite été déposée à Notre-Dame de Paris. Son premier reliquaire dans un tube de verre de forme circulaire prend place dans le grand reliquaire dessiné par Viollet-le-Duc au XIXème siècle. Ce reliquaire n’était pas dans la cathédrale proprement dite mais dans la salle du trésor de la sacristie avec les autres pièces d’orfèvrerie. Elles ont été évacuées dès le début de l’incendie à l’Hôtel de Ville de Paris puis transportées au Musée du Louvre.

 

Chantonnay le 16 avril 2019

 

Dartagnans solidaire de la reconstruction de Notre-Dame : 

FAIRE UN DON


   * Contrairement à ce qui peut avoir été écrit par ceux qui ne savent pas, la société DARTAGNANS connue pour la sauvegarde du Patrimoine (avec laquelle nous sommes en lien et qui vient de nous le confirmer personnellement), a décidé pour cette opération "Notre-Dame de Paris" de reverser l'INTÉGRALITÉ des dons collectés pour la reconstruction de la cathédrale.

Maurice BEDON



 

 


L’ÉGLISE SAINT PATERN A VANNES

   Les journées annuelles du Patrimoine sur le territoire national se déroulaient cette année le samedi 15 et dimanche 16 septembre 2018.

   Parmi les nombreux choix possibles, même sur le territoire de la Vendée, nous avons préféré cette fois-ci de nous en éloigner un peu pour aller dans une région voisine, en Bretagne et plus particulièrement à Vannes dans le département du Morbihan. En effet, dans le cadre de ces mêmes journées, Daniel Rabourdin et Ghislaine Gerbaud devaient organiser une projection du film « La Rébellion Cachée » la veille au soir, le vendredi 14 septembre à 20h dans cette ville et de plus précisément dans l’église Saint Patern (cf photo ci-dessous).

 La Projection dans l’Église le 14-IX-2018.

   L’église Saint Patern-des-Champs est situé en centre ville de Vannes dans le quartier qui porte le même nom. Elle est dédiée à Saint Patern, le premier évêque de Vannes, à l’époque gallo-romaine (au Vème siècle). Un premier édifice religieux, qui avait été construit à cette époque, a été ensuite saccagé et détruit par les invasions des normands en Bretagne au cours du Xème siècle.

   Reconstruite au siècle suivant, l’église devient alors est une des étapes importantes du fameux pèlerinage dit des Sept Saints fondateurs et protecteurs de Bretagne ou bien Tro Breizh (Tour de la Bretagne). C'est-à-dire : Saint Samson (à Dol), Saint Malo (dans cette ville), Saint Brieuc (dans cette ville), Saint Tugdual (à Tréguier), Saint Pol-Aurélien (à l’actuel St-Pol-de-Léon), Saint Corentin (à Quimper) et enfin Saint Patern (à Vannes). Ces différentes villes constitueront ainsi avec Nantes et Rennes les neufs diocèses bretons primitifs.

 Les Journées du patrimoine à St Patern.

   Au cours des siècles suivants, les reliques de ces différents saints attirent des foules toujours plus nombreuses lors des pèlerinages. Et ces derniers, générateurs de bénéfices, créent des convoitises, parfois des querelles et même des pugilats dans les villes concernées. Au XIVème siècle, à Vannes, le clergé de Saint Patern et les chanoines du chapitre de la cathédrale se disputent le droit de présenter les reliques, de recevoir les vénérations et donc de recueillir les offrandes. Les paroissiens de Saint Patern pour défendre leurs droits font le guet et s'enferment dans l'église pour empêcher l’entrée des partisans des chanoines. Le clergé, de son côté, recommande aux pèlerins de jeter leurs offrandes par les fenêtres de l'église. Il faudra pas moins qu’une intervention du Saint siège à Rome pour arbitrer et apaiser cet épineux conflit.

Schéma de la façade actuelle.                                                              L’église Saint Patern vers 1905.

   L'église romane du XIème siècle est par la suite victime des violentes tempêtes qui frappent la Bretagne entre 1721 et 1726. Le 9 mai 1723 l’ancien clocher, situé alors au dessus de la croisée des transepts, s’effondre brutalement écrasant le sanctuaire dans sa chute. Aussi, dès le mois de Juillet 1723, le conseil de fabrique décide de remplacer l’ancien édifice par une nouvelle église de style baroque. Et pour ce faire, il charge un de leurs administrés l'architecte vannetais Olivier Delourme d’en dresser les plans.

   Les travaux, prévus en plusieurs phases successives pour des raisons financières, ne débutent effectivement que le 21 aout 1727. Et ainsi de 1727 à1728 on reconstruit les maçonneries du chœur, de la croisée des transepts et de trois travées de la nef dans un style relativement dépouillé à l’extérieur. Dans un deuxième temps, en 1736 et 1937, on s’occupe des aménagements intérieurs baroques et en particulier des premiers retables situés dans la nef et les deux transepts. Puis de 1769 à 1775, un nouvel architecte Ulliac décide de prolonger la nef de deux travées supplémentaires et commence la construction d’un clocher sur la nouvelle façade occidentale mais en s’inspirant du style initial.

La nef et le chœur de l’église.

   Naturellement, du fait de la Révolution Française et des Guerres de Vendée, les travaux sont interrompus et ils ne se termineront finalement qu’en 1826. La façade, la tour de granit à deux étages dataient des précédents travaux de 1769. En revanche, le petit dôme ovoïde hexagonal tenant lieu de flèche et le lanternon supérieur n’ont été terminés qu'en 1826 toujours en respectant le style initial. A cette dernière date, l’architecte est en fait l’ingénieur-voyer départemental Louis-Philippe Brunet-Debaines, aussi celui-ci aménage en même temps un parvis un peu monumental avec un perron et un grand degré. L’ensemble extérieur est élégant mais d’un classicisme un peu froid, seulement égayé par les pinacles des contreforts et les vases couverts à l’étage et au lanternon. Le portail unique, surmonté d’un tympan, est encadré de quatre pilastres supportant un fronton triangulaire éclairé d’un oculus.

Le retable de la Sainte Patenté, de style baroque, dans le transept Nord (XVIIIème siècle).

   L’essentiel de l’œuvre entreprise était donc achevé au début du XIXème siècle. Au cours des années de ce siècle et du suivant on va poursuivre des aménagements : installation d’une chaire à prêcher (1813), rénovation de certains des six retables (1850), réaménagement du chœur (1861), vitraux neufs dans le chœur et les transepts (1882) puis dans la nef (1918). Des travaux de maintenance vont également être nécessaires : mise hors d’eau des chapelles (1844), réfection des couvertures (1882), restauration de la voûte à la suite de chute de plâtre (1906) etc…

 Le retable de l’enfant Jésus de Prague (XIXème).

   L’église Saint Patern a été inscrite sur la liste des monuments historiques, une première fois en 1946, pour le clocher et le porche, puis inscrite en totalité en 2005. L’année suivante, en 2006, est entrepris une restauration complète de l’édifice dans le style baroque de son origine : toitures, charpentes, voûtes, dallage, avec des installations modernes (électricité, sonorisation, et chauffage). Mais la modification la plus spectaculaire a été le réaménagement du chœur avec l’installation d'un ensemble de stalles de chœur en chêne massif sculpté (1695), provenant initialement du couvent des Carmes de Ploërmel et ayant transité par la chapelle des Ursulines de Saint Pol-de-Léon. Les travaux de restauration vont durer deux ans de janvier 2007 à mars 2008.

Le côté Sud de l’église pendant les travaux.

   Depuis sa rénovation, la cérémonie la plus imposante qu’ait connue l’église Saint Patern est certainement la première messe de l’abbé Aubry célébrée le 24 juillet 2016 en présence de Son Excellence Monseigneur Sentène évêque de Vannes (visible à gauche sur le cliché ci-dessous).

 Première messe de l'abbé Aubry.

 

Anne-Marie LE PROVOST

 

L’abbé Brillet curé de St Patern.                                                             Vue actuelle du clocher.

 



DES NOUVELLES DU CHÂTEAU
DE LA MOTHE-CHANDENIERS

 

   Dans un article précédent paru sur le présent Blog « La Chouette de Vendée » le 14 janvier 2018 (N° 05-11) nous vous avions annoncé l’achat des ruines du château de la Mothe-Chandeniers aux Trois-Moulins, près de Loudun, dans le département de la Vienne. Cet achat, d’un genre tout à fait inhabituel, venait d’être fait par 25 000 internautes originaires de 115 pays différents dans le cadre des opérations de « Dartagnans », avec pour objectif de procéder à des restaurations (somme récoltée 1 600 000 €). Nous avions en même temps retracé brièvement l’histoire de ce château d’abord féodal, puis habité par la famille de Rochechouart, reconstruit en 1861 et finalement ruiné par un incendie accidentel en 1932. Cette malheureuse résidence était, par la suite, restée totalement à l’abandon depuis 86 ans.

 La façade orientale du château avant l’incendie.

   Actuellement un groupe de bénévoles, avec « l’association des amis du château de la Mothe-Chandeniers » a déjà commencé à essayer de défricher le site, en coupant la végétation qui avait envahi les abords du château. Ils ont en effet pour premier objectif d’organiser un circuit de visite autour des douves du château et de l’ouvrir au public pour le mois de juin 2018.

 La façade méridionale après l’incendie, état actuel. ( glauqueland.com/mothechandeniers/ )

 

 État actuel de la Galerie du rez-de-chaussée, angle Nord-Ouest.  (glauqueland.com/mothechandeniers/ )

   Toutefois, une énigme, sans doute mineure mais très intéressante, vient d'ores et déjà d’obtenir sa solution et nous pouvons ainsi vous en faire passer l’information dès maintenant. Il s’agit de la signification du monogramme.

 L’escalier d’honneur.                                                                                          La cheminée du grand-salon.

   En effet, comme vous pouvez le voir vous-même sur les photos ci-dessus, le grand escalier d’honneur, construit en hors-œuvre, de style Renaissance, qui est très sculpté, possède différents motifs décoratifs. Sur des médaillons de chaque côté, de petits chérubins, chevauchant des chiens dans une forêt, symbolisent évidemment les chasses, une des raisons d’être du château de la Mothe-Chandeniers. Au pied du socle de la statue de gauche, figure la date exacte de la fin de la reconstruction du château : 1861.

L’escalier et les 3 panneaux sculptés.

   Les panneaux au milieu sont plus intéressants. Au niveau du rez-de-chaussée, deux hippocampes entourent deux pierres portant les armoiries de François de Rochechouart (ancien propriétaire au XVIIème siècle). Ils sont inspirés du monument funéraire de Marie-Loup de Bernave, femme du marquis François de Rochechouart (ces éléments du monument avaient d'ailleurs été réutilisés comme pieds de table dans la salle à manger !). On remarque surtout au niveau du palier du premier étage une pierre sculptée et ajourée, portant un grand monogramme avec un A. Pour sa part, le dernier étage est plus discrètement décoré d’un Sacré-Cœur à l’intérieur d’une croix tréflée. La décoration de cet escalier ascendant pourrait ainsi vouloir symboliser le passé, le présent et l’avenir (qui comme chacun sait « n’appartient qu’à Dieu »). Le cœur enflammé était par ailleurs un clin d’œil aux armoiries d'une ascendance de la famille Ardoin.

Emplacement des monogrammes, sur un plan simplifié du château.

   Pour en revenir au monogramme (A), il se retrouvait également au centre du manteau de la cheminée monumentale qui figurait autrefois dans le grand salon au rez-de-chaussée du château (elle a disparu depuis, cf photo au dessus). De plus, on l’aperçoit encore aujourd’hui, mais en très mauvais état de conservation, peint sur les fresques des linteaux de la cheminée dans le boudoir (cf. photo ci-dessous) et dans la chambre située au dessus dans la tour d’entrée dite de l'horloge; ces deux pièces étant situées à peu près au rez-de-chaussée. Le problème se posait donc d’en connaître la signification précise.

 Le monogramme peint sur la cheminée  de l’ancien boudoir. (glauqueland.com/mothechandeniers/ ).

   La présence de ce monogramme n’était pas du tout insolite à cet endroit. Le grand escalier extérieur en colimaçon, construit en angle dans la cour intérieure de la Mothe-Chandeniers, est d’une manière parfaitement visible très fortement inspiré de celui du château de Blois dans l’aile François Ier ; mais avec des dimensions plus modestes. Le monogramme ne fait que remplacer la salamandre, célèbre emblème du roy François Ier, qui décore celui de Blois. Cet escalier n’est d’ailleurs pas le seul élément de la Mothe-Chandeniers à être inspiré de Blois. Il y a bien aussi la galerie sous la terrasse de la façade Est, ainsi que l’ordonnancement des niveaux des façades de la cour. On peut donc raisonnablement penser que le monogramme a, lui aussi, un lien de parenté avec ceux de Blois.

Blois : l ’escalier de l’aile François Ier.                                                          Blois : Monogramme sur une cheminée. »

   Blois, célèbre château royal du Val de Loire, avait subi bien des dégradations, en particulier à cause d’une longue occupation militaire, quand l’architecte Félix Duban a été chargé de sa restauration de 1845 à 1848. Ce dernier, tout en prenant des libertés certaines, a fait un travail important qui a beaucoup inspiré ses collègues architectes du XIXème siècle. Son œuvre a eu un grand retentissement à l’époque, en France comme à l’étranger, mais a été par la ensuite beaucoup critiqué au siècle suivant. Les monogrammes du roy Louis XII et de la reine Anne de Bretagne (ce dernier visible sur la carte postale ci-dessus à droite) ont été, en fait, réalisés par Duban au milieu du XIXème siècle. C’est dire si l’architecte qui a travaillé jusqu’en 1861 à la Mothe-Chandeniers, château pas trop éloigné, a eu des sujets d’inspirations.

Vue en détails du Monogramme.

   En essayant de déchiffrer le monogramme de la Mothe-Chandeniers, on se rend tout d’abord parfaitement compte, sans hésitation, qu’il comporte principalement un « A » . Le reste du dessin est beaucoup moins évident et il était tentant, dans ces conditions, d’aller y chercher l’autre lettre que l’on aurait envie d’y trouver. Le château ayant été occupé peu après la fin de la construction en 1861, par le baron Edgard Lejeune et son épouse Marie Ardoin, nous aurions souhaité y trouver en plus du « A » de Ardoin un « L » de Lejeune. C’était possible, mais on pouvait tout aussi bien se convaincre d’y voir un « V » ou un « H » ou encore un A renversé.

   Le château avait été racheté après une vente aux enchères sur licitation en 1846 par la fille de François Hennecart, au décès de ce dernier. Par conséquent, c’était elle qui avait entrepris de reconstruire le château.

Poster Vente sur licitation  en 1846.

  Elle s’appelait Alexandrine Hennecart Veuve Jacques Ardoin. La deuxième lettre aurait donc pu être le « H » de Hennecart. Mais son prénom personnel exact était Aimée Alexandrine. Et en y regardant de plus près le monogramme portait beaucoup plus nettement deux « A » en sens inverse. C’est le deuxième, à l’envers, qui pouvait être confondu avec un V. Le monogramme n’était donc pas un signe d’alliance entre deux familles, comme c’est souvent le cas. C’était le chiffre personnel d’Aimée Alexandrine Ardoin, réalisé en imitant celui d’Anne de Bretagne pour rester cohérent avec l’époque néo-Renaissance dont le château s’inspirait.

   Alexandrine Ardoin pensait peut être aussi qu’après sa mort le monogramme garderait son utilité puisque son fils Jules Ardoin avait épousé Amélie Avrial, mais la providence en a décidé autrement.

   Plutôt qu’un monogramme, Alexandrine Ardoin aurait pu légitimement faire figurer le blason de la famille qui porte un lévrier. Elle l’a en réalité fait sculpter sur la rampe intérieure de l’escalier d’honneur, au niveau du 2ème étage, c'est-à-dire à un endroit où personne ne pouvait le voir car les invités s’arrêtent au premier étage et les domestiques ne prennent pas le grand escalier. Elle a sans doute pensé que quand on n’appartient pas à une famille anciennement chevaleresque, exhiber ses armoiries faisait «  nouveau riche ».

Le lévrier des Ardoin sur la rampe du grand escalier (Photo Dartagnans).

   En parodiant un des anciens slogans de la SNCF on pourrait dire : « une découverte peut en cacher une autre ». En effet, alors que pour faciliter les reconstitutions les organismes concernés s’efforçaient de retrouver la trace des anciens meubles du château sauvés de l’incendie, nous en avons personnellement trouvé un dans un endroit totalement surprenant. Il s’agit d’un petit buffet bas d’un mètre de large, 0,50 mètre de profondeur et un mètre de haut. Il était utilisé dans une salle à manger comme crédence ou desserte. Sur la partie supérieure, un couvercle en bois permet de découvrir une plaque de marbre blanc. Il est réalisé en style Henri II et est abondamment sculpté.

Petit meuble de la Mothe-Chandeniers.

   Primitivement il comportait deux éléments supplémentaires à poser dessus : - une partie intermédiaire avec une étagère reposant sur deux petites colonnettes en façade et un fond sculpté en arrière et - un fronton semi-circulaire échancré au centre pour servir de support à un vase ou à une statue. Vous allez d’ailleurs trouver un essai de reconstitution ci-dessous.

   L’origine de ce meuble n’est pas discutable. Tout d’abord par la qualité de ses sculptures, c’est incontestablement un meuble à placer dans un château. Ensuite, seule la partie supérieure a subi un dégât des eaux (lances des pompiers), bois décollé on décoloré. Enfin et surtout la partie basse possède au centre du panneau un exemplaire du fameux monogramme étudié ci-dessus.

Le Monogramme du château.                                                                                Reconstitution du meuble.

   Comme tous les gens qui se sont impliqués dans cette espèce d’aventure nous attendons désormais avec impatience de voir débuter les premiers travaux urgents qui permettront de sauver enfin ce malheureux château, laissé totalement à l’abandon depuis beaucoup trop d’années.

 

Chantonnay le 01 Juin 2018.


LE CHATEAU DE CHALLAIN-LA-POTHERIE

« LE CHAMBORD DE L’ANJOU »

   Pour son importance et son aspect majestueux le château de Challain-la-Potherie en Maine-et-Loire, est en effet qualifié de « Chambord de l’Anjou » mais il ne date que du milieu du XIXème siècle. C’est sans doute l’édifice le plus représentatif de l’architecture civile néo-gothique de cette époque, tout au moins dans la région des Pays de la Loire. Il est situé à proximité du bourg du même nom dans un parc de 30 hectares environ, au nord de la Loire, à 15 kilomètres de Segré et à 8 de Candé.

01. Le château, façades Sud et Est.

   Au milieu du XXème siècle l’architecture du siècle précédent était unanimement décriée. On considérait alors que le XIXème n’était que « le siècle des pastiches » avec une architecture sans aucun intérêt. En réalité, le XIXème n'a seulement connu qu’une rupture d’influence. En effet au moyen âge le style ogival, art français par excellence, s’était développé et perfectionné. C’est à partir de la Renaissance qu’on l’abandonna pour s’inspirer de l’Antiquité et qu’on le qualifia péjorativement de « gothique », c'est-à-dire art des goths. Cette tendance principale, enrichie d’influences secondaires (italienne, classique, baroque, pompéienne, égyptienne, romaine etc.) va se poursuivre en France aux XVIIème et XVIIIème jusqu’à la l’époque de la Restauration. Ce sont les exils des aristocrates en Angleterre, la littérature, le romantisme qui vont provoquer ce changement de goût. Si les techniques de construction poursuivent malgré tout les acquisitions du classicisme du XVIIIème et les font évoluer, la décoration, elle, a trouvé une nouvelle source d’inspiration. On ne peut donc pas vraiment parler de pastiche.

   Cet art néo-gothique, souvent qualifié de style troubadour, apparaît localement dans le département de la Vendée en 1826 pour la construction de la chapelle commémorative au Mont des Alouettes aux Herbiers ; mais il faudra attendre 1853 pour que l’église de Chavagnes-en-Paillers dans le même département soit construite de cette façon. Et on ne connaît guère que le petit château de la Cacaudière à Pouzauges, construit en 1844 pour la famille des Nouhes, pour adopter cette nouvelle tendance. Les autres propriétaires font encore construire des pavillons classiques à fronton triangulaire et passeront ensuite directement au style néo-Renaissance.

   Il en va tout autrement dans le département voisin du Maine-et Loire, où la situation est différente. Les propriétés terriennes sont plus importantes, l’aristocratie est plus riche, les châtelains fréquentent d’avantage la capitale et les architectes locaux ont une influence plus large. Aussi, le style néo-gothique apparaît en Anjou entre 1835 et 1840. Le premier château de ce style est celui de la famille de Lostanges à Angre, mais le plus célèbre est celui de Chanzeaux terminé en 1847 et appartenant au comte Théodore de Quatre-Barbes. Ces deux édifices ont été construits par le même architecte René Hodé. Le comte de Quatre-Barbes est célèbre, même en dehors des frontières du département, pour le rôle important qu’il a joué dans la préservation de la Mémoire des Guerres de Vendée.

   Les châteaux du XIXème sont aujourd’hui les reflets d’une époque où la propriété était avant tout terrienne, où l’économie et la société étaient stables, où le  cours de la monnaie a été parfaitement durable de 1803 à 1914, où la main d’œuvre était moins chère que les matériaux.

 02. Le château (façade Nord) et la tour Mon Plaisir.

   Il existait, dans la paroisse de Challain, un château médiéval dès le XIIème siècle. Il appartenait à la famille de Chateaubriand depuis 1284. A la mort de sa femme Marie de Chateaubriand en 1522, Jean de Chambes comte de Montsoreau en hérita. Il le vendit ensuite en 1574 à Antoine d’Epinay, qui le céda à son tour en 1599 à Christophe Fouquet Président du Parlement de Bretagne. Le petit-fils de ce dernier vit ses terres de Challain érigées en comté en 1657.

   Enfin, en 1747 les héritiers Fouquet (parents du trop célèbre ministre de Louis XIV) vendirent le domaine à Urbain Le Roy seigneur de la Bourgonnière. Deux ans plus tard, en 1749, le titre de comté fut maintenu à Challain et son seigneur devint ainsi comte de la Potherie. A l’époque de la Révolution Française, son petit fils Louis Le Roy de la Potherie émigra dès 1789, et ne revint en France qu’en 1801, au moment du Consulat. Il devint ensuite Maréchal de France et Député à l’époque de la Restauration. Comme son fils Charles a été tué en duel en 1825, sa fille Louise-Ida, née en 1808, se trouve être ainsi sa seule héritière.

   Louise-Ida Le Roy de la Potherie épouse l’année suivante, en 1826, le comte Albert de La Rochefoucauld de Bayers, branche cadette d’une des plus célèbres familles de la Noblesse Française.

03. Les armoiries des La Rochefoucauld-Bayers.

   Armoiries de la famille La Rochefoucauld-Bayers :

« Burelé d’argent et d’azur de 6 pièces, chargées de 3 chevrons de gueules, le premier à la pointe coupée ; et sommé d’une couronne comtale ».

   Armoiries de la famille Le Roy de la Potherie :

« D’azur au chevron d’or, accompagné de 3 soleils de même 2 en chef et 1 en pointe »

   Ce sont ces deux époux qui vont décider de faire construire une nouvelle résidence à cet endroit. Sans doute influencés par leurs cousins de Lostanges et de Quatre-Barbes, ils optent pour le style néo-gothique alors à la mode. Après des recherches infructueuses ils s’adressent à l’architecte parisien Louis Visconti qui vient de se faire connaître en construisant le tombeau de Napoléon Ier à l’Hôtel des Invalides à Paris. Cet architecte établit une première esquisse mais trop éloigné du  chantier, il abandonne le projet au profit d’un architecte local René Hodé dont nous avons déjà parlé.

   Comme les fortunes respectives des deux époux leur fournissent les moyens de leurs ambitions et qu’il existe une sorte de compétition amicale entre les cousins pour avoir le plus beau château, l’architecte a la possibilité de voir grand et il va en user. En réalité il utilise la forme d’un petit château local : un couloir au centre avec l’escalier et deux pièces de chaque côté, une tour ou un pavillon aux deux extrémités. Mais, il fait deux fois plus long, plus profond, énormément plus haut et plus chargé en décoration. Il ajoute un deuxième étage intermédiaire, pas très utile puisqu’il a au dessus deux étages de combles pratiquement inutilisés. Pour augmenter encore l’impression de hauteur il crée des fenêtres de combles surchargées de pinacles démesurés, des toitures très élevées surmontées d’épis de faitage, des poivrières sur les tours etc. Le bâtiment réalisé se décline alors avec des chiffres tout à fait inhabituels dans les constructions locales : 60 mètres de long, 37 mètres de largeur, 45 mètres de haut, avec 204 ouvertures, 120 pièces se développant sur plus de 800 m2.

   Commencées en 1847, les façades extérieures sont achevées en 1851. Le château est totalement terminé en 1854. Il a coûté 280 000 Francs Or. Le vieux château, situé juste devant, et qui avait été utilisé pendant la construction est alors totalement détruit.

04. La façade Sud, à l’arrière, du côté du parc.

   Malheureusement le comte de La Rochefoucauld-Bayers n’aura pas le plaisir d’habiter dans le nouveau château : il meurt dans le vieux bâtiment en janvier 1854. Comme sa fille est déjà morte en 1852, la comtesse va donc vivre seule, avec son fils et ses domestiques dans cet immense château ; et encore épisodiquement car elle séjourne aussi à Paris et à Angers. Le château de Challain-la-Potherie avait été conçu pour les fêtes et les réceptions, il ne verra pratiquement qu’une vie de deuil. La comtesse meurt en 1884 et laisse la propriété à son fils Henri, qui décède à son tour neuf ans plus tard en 1893, sans descendance.

   Le château est alors vendu au général, marquis Albert Courtès, appartenant à la Noblesse Pontificale. Celui-ci ne modifie fort heureusement pas la décoration initiale. Il ajoute seulement ses armoiries sculptées sur la façade, dans le hall et sur une cheminée.

05. La Fête de Jeanne d’Arc devant le château.

   Le marquis Courtès donne au château le faste pour lequel il avait été fait mais qu’il n’avait pas encore connu. Il le place au centre de la vie communale de Challain-la-Potherie pour les fêtes religieuses, municipales ou sportives comme on vient de le voir sur la carte postale précédente pour les fêtes de Jeanne d’Arc, célébrées à l’occasion de sa béatification en 1909 (Fig. 05).

   Le propriétaire meurt en 1931 et le domaine passe à sa fille la marquise Brunet de Simiane. Elle le conserve jusqu’à sa propre mort en 1944. Entre temps elle a du faire face, à partir de 1940, à la présence des officiers allemands qui avaient réquisitionné une grande partie du château.

   En 1948 l’édifice est acheté par la ville de Choisy-le-Roi dans l’actuel département du Val de Marne et va connaître une toute autre vie, puisqu’il est transformé en colonie de vacances. Heureusement le décor intérieur n’est pas détérioré. Le château est remis en vente en 1976 comme le montre cette publicité parue à la page 89 de la revue trimestrielle des « Vieilles Maisons Françaises », N° 71 de Janvier 1977 (Cf. fig. 06). Il est alors estimé à 1 500 000 Francs, c'est-à-dire 150 000 000 anciens Francs qui équivaudraient en principe à 947 843 € aujourd’hui.

06. Publicité dans la revue en 1977.

   La propriété est achetée en 1978 par un industriel, puis acquise de nouveau en 1989 par une société proche de l’Église de l’Unification et de la secte Moon. Durant cette période, l’administration des Monuments Historiques commence à craindre pour son avenir. Une première procédure aboutit à un classement partiel concernant les pièces principales en 1980 puis à un classement complet des façades et de deux niveaux le 15 mars 2004. Entre temps, le château a été de nouveau racheté en 2002 par la famille Nicholson originaire des États-Unis. Ceux-ci ont entrepris de le remeubler et de le transformer en chambres d’hôte haut de gamme et en lieu d’accueil pour les réceptions et les mariages.

           lien vers le château de Challain-la-Potherie


07. Plan du rez-de-chaussée du château vers 1907.

   Le plan ci-dessus nous présente le rez-de-chaussée tel qu’il était vers 1907 à l’époque du général marquis Albert Courtès (Fig. 07). Il n’a d’ailleurs pas été modifié depuis la construction. Il va nous permettre de mieux nous situer lors de la visite virtuelle de cet étage à la même époque que nous allons vous proposer maintenant. Nous avons en effet la chance que les pièces importantes du rez-de-chaussée aient toutes été photographiées et aient fait l’objet d’éditions de cartes postales. Ces dernières présentent ainsi l’intérieur du château dans les premières années du XXème siècle. Il s’agit donc du mobilier du château à l’époque du général et pas forcément de celui d’origine.

08. Le grand Hall d’Entrée.

   La première carte ci-dessus (Fig. 08 et [8] sur le plan) nous montre le grand hall, c'est-à-dire la première pièce que nous rencontrons en entrant dans le château. Il est divisé par deux colonnes chargées de sculptures néo-gothiques très fouillées qui évoquent même un peu une décoration mauresque. En réalité ces sculptures sont en stuc et elles dissimulent les piliers en fonte qui soutiennent le balcon intérieur dominant le hall. On remarque des drapeaux et des petits canons qui proviennent évidemment du général Courtès. La porte du fond donne dans le vestibule. Le départ du grand escalier apparaît à droite. Il existe également une porte à gauche, non visible sur le cliché, que nous allons emprunter puisqu’elle conduit à la salle de billard.

09. La salle de Billard.

   Cette pièce est la première des salles d’apparat réservées aux réceptions (Fig. 09 et [9] sur le plan). Au centre, trône un billard. Bien que ce meuble ne soit pas de conception ancienne, il est lui aussi décoré en style néo-gothique. Les murs sont recouverts jusqu'à mi-hauteur de lambris en bois très élevés. Comme les portes, ils sont ornés du motif sculpté dit à la serviette froissée, élément incontournable de la mode au XVème siècle. La porte de droite donne dans le petit salon et celle de gauche dans la salle à manger dont on aperçoit le buffet. Nous allons maintenant entrer dans cette dernière.

10. La Grande Salle-à-manger.

   La grande salle à manger fait l’angle entre la façade Nord et le côté Est (Fig. 10 et [10] sur le plan). A cet endroit, non visible sur le cliché, se situe la tour d’angle à laquelle on accède par une petite porte dissimulée dans les boiseries. On y trouve l’office et un escalier de service. Les deux doubles portes que l’on aperçoit de chaque côté du buffet donnent toutes les deux accès au grand salon. Le magistral buffet de style néo-gothique portant les armoiries des La Rochefoucauld-Bayers a été livré au milieu du XIXème siècle par le menuisier Jean-Paul Mazaroz fournisseur de la cour impériale. Assorti à la table, aux chaises et aux dessertes, il est toujours en place aujourd’hui. Sur la tapisserie murale au dessus du lambris, on voit alterner les fleurs de lys de France et les hermines de Bretagne.

11. La cheminée du Grand Salon.

   En faisant le tour des salles de réception nous arrivons maintenant au grand salon (Fig. 11 et [11] sur le plan). Comme la salle à manger, il fait 10 mètres de longueur et est éclairé par trois fenêtres sur la façade ainsi qu’une sur le côté. Pour sa part, il fait l’angle entre la façade Sud et le côté Est et donne accès à la tour d’angle contenant la bibliothèque. La cheminée en bois du grand salon, adossée au milieu du mur de la salle à manger, est particulièrement monumentale. Encadré de piliers à statues, son manteau porte une statue équestre en bois représentant le comte François de La Rochefoucauld, parrain du Roy de France François Ier. Il est à l’origine de la tradition de donner le prénom de François aux fils aînés de cette illustre famille. Autour de la cheminée, les lambris sont cette fois-ci décorés de lancettes de fenestrage naturellement néo-gothiques.

12. La Bibliothèque.

   Du grand salon, nous sommes passés dans la bibliothèque, pièce de forme ronde puisque logée dans la tour d’angle Sud-Est (Fig. 12 et [12] sur le plan). Les portes des meubles sont elles aussi décorées de fenestrages néo-gothiques et on retrouve les armoiries aux angles de la tablette de la cheminée (Cf. fig. 03). Cette dernière est également de style néo-gothique mais le trumeau porte une grande glace, élément inconnu au Moyen-âge. Par la porte ouverte on aperçoit un piano à queue dans le grand salon et plus au loin, par une deuxième porte, le petit salon.

 13. Le Petit Salon.

   En retraversant le grand salon, nous entrons maintenant dans le petit salon par la porte visible au centre du cliché (Fig. 13 et [13] sur le plan). Nous retrouvons ici aussi les hauts lambris avec le motif dit « à la serviette » et les culots sculptés autour des portes, œuvre du sculpteur Jacques Granneau. Cette pièce s’éclaire par deux fenêtres sur la façade Sud. Une porte à gauche, non visible, donne dans la salle de billard et une autre derrière le photographe permet d’accéder au vestibule. Cette salle possède également, en arrière, une cheminée en pierres blanches portant les armoiries des marquis Courtès ainsi que les initiales des prénoms A et G. Cette cheminée est d’ailleurs la seule du rez-de-chaussée à ne pas être recouverte de bois. Il est donc probable qu’elle a été ajoutée ou modifiée postérieurement. Les fauteuils de forme confortable n’appartiennent pas non plus au mobilier d’origine.

14. Le Vestibule.

   Dans l’axe du château, le vestibule occupe le pavillon central de la façade Sud (Fig. 14 et [14] sur le plan). Il permet d’accéder au parc et dans l’autre sens, il prolonge le hall. On aperçoit d’ailleurs ce dernier par la porte à gauche et le petit salon par la porte à droite. On peut également voir une tapisserie armoriée derrière la petite statue équestre figurant au centre de la salle. Nous quittons maintenant les pièces consacrées aux réceptions, par une porte, non visible, située à l’extrême gauche du cliché. En poursuivant l’enfilade des pièces, nous allons arriver dans l’appartement dit du Roy.

15. Le Cabinet de travail.

   Sur le cliché ci-dessus (Fig. 15 et [15] sur le plan), par la porte ouverte, on aperçoit le vestibule et même le petit salon, les deux dernières pièces que nous venons de visiter. La porte opposée, située juste derrière nous, nous conduira ensuite à la chambre d’apparat dite « Chambre du Roy ». En effet, la pièce où nous sommes actuellement était primitivement destinée à servir d’antichambre à cet appartement royal. C’est le général marquis Albert Courtès qui en a fait son cabinet de travail. On aperçoit d’ailleurs celui-ci, installé à son bureau. Ce dernier meuble, de style Louis XV, apparaît pour le moins insolite dans le décor médiéval de la pièce. On ne manquera pas de remarquer la collection d’armes anciennes du propriétaire figurant sur le lambris au fond et les portraits de famille.

16. La chambre du Roy.

   Sous l’Ancien Régime, un propriétaire n’obtenait l’autorisation royale de construire un château qu’à la condition d’y prévoir une chambre destinée aux éventuels séjours du souverain. C’est sans doute pour respecter cette tradition monarchique que cette famille royaliste légitimiste a tenu à faire figurer cet appartement à l’étage noble du château. Toutefois aucun roy n’a séjourné à Challain-la-Potherie depuis sa construction. On retrouve ici les lambris à la serviette et les armoiries de la famille sur la cheminée et sur les meubles (Fig. 16 et [16] sur le plan). Les passementeries de la tenture murale, de la cantonnière, des rideaux du lit ainsi que le tissu des fauteuils sont décorées de fleurs de lys. La cheminée en bois de cette pièce est sans doute la plus harmonieuse du château. Avec la salle à manger, cette salle est celle qui a gardé le plus de meubles d’origine. Parmi eux, on trouve une grande armoire à glace néo-gothique, alors que ce meuble était absolument inconnu à cette époque.

   Prisonnier de sa démesure, l’architecte a été en quelque sorte contraint à faire du remplissage dans cette partie du château, en créant des pièces moins importantes comme une petite salle à manger, une salle des gardes (!) et une anti-chapelle (Cf. plan Fig. 07). Il a logé la chapelle proprement dite dans la tour d’angle Nord-Ouest. Comme la bibliothèque, elle possède une fausse voûte décorée.

17. Le palier de l’escalier au 1er étage.

   Le grand escalier est en forme de large colimaçon, situé au centre du bâtiment et bénéficiant d’un éclairage zénithal. Il part à droite du hall au rez-de-chaussée et dessert les 1er et 2ème étages. Comme le hall, il est constitué d’une armature en fonte dissimulée sous d’élégantes sculptures néo-gothiques en stuc. Au premier étage, le palier est constitué d’un balcon en forme de U dominant le hall du rez-de-chaussée, que l’on aperçoit sur la photo ci-dessus (Fig. 17). A ce niveau, l’architecte a été un peu encombré par l’extrême épaisseur qu’il avait donné à son bâtiment ; ce qui l’a conduit à prévoir un large couloir divisé en deux par des piliers.

18. Une chambre du 1er étage.

   Visiblement la décoration néo-gothique de d’édifice n’était destinée qu’aux éléments apparents, c'est-à-dire aux façades du château et à l’intérieur des pièces de réception et d’apparat. Au premier étage, c’est un décor plus banal, celui des maisons bourgeoises de l’époque, que l’on rencontre. A quelques exceptions près, les propriétaires successifs ont pu répartir dans ces pièces les éléments de mobilier divers qu’ils possédaient auparavant (Fig. 18).

   Après la construction du château, celui-ci a été complété par un certain nombre de bâtiments voisins : la Tour Mon Plaisir (du nom de la devise des La Rochefoucauld), La Porterie (en forme de forteresse), l’orangerie, les communs, le pavillon de l’étang etc.


Chantonnay le 3 février 2018